RECA

Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

Foncier / vision des femmes de Diagourou, région de Tillabéri

Publié le samedi 10 avril 2010

Accès des jeunes à la terre : Visions des femmes - une enquête socio-foncière à Diagourou.

Ce document a été produit par le Programme Nigéro-Allemand de Lutte contre la Pauvreté Tillabéri et Tahoua Nord (LUCOP).

Il a été rédigé par Yayé Hamahi (Commission foncière communale de Diagourou), Dardaou Zaneïdou (Secrétariat permanent du Comité national du Code Rural), Chabbert Jacques (LUCOP).


Un travail à lire, un travail pour réfléchir, un travail utile pour les responsables et les équipes techniques des OPA qui doivent d’une part prévoir des activités d’appui aux femmes et d’autre part tenir compte de la précarité des situations foncières de ces dernières. Mais pour cela il faut mieux comprendre et analyser les situations locales.


L’agro-pastoralisme est une des caractéristiques principales des populations de la commune rurale de Diagourou, située dans le département de Téra à l’extrême ouest du Niger. Pour cette population, la pratique agricole est relativement récente aussi bien pour les hommes que pour les femmes. L’élevage constitue l’élément fondamental des dynamiques sociales et prime sur les autres activités.

Néanmoins, la problématique de l’accès et de l’exploitation de la terre pour la prochaine génération constitue une préoccupation de plus en plus importante des populations et des responsables communaux. C’est pourquoi, la mairie de Diagourou a initié cette enquête intitulée « accès des jeunes à la terre, vision des femmes ».

L’enquête a été initiée et totalement prise en charge par la mairie de Diagourou. Elle a été réalisée par Monsieur Yayé, appelé du service civique national auprès de la mairie. Il est aussi membre de la commission foncière communale. La collecte des données effectuée par Mr Yayé a eu lieu pendant 20 jours en février 2009. Elle a concerné 86 femmes localisées dans 19 des 42 villages administratifs de la commune.

Ces aspect sont à souligner ! En effet lorsque ce sont des acteurs des structures locales qui sont impliqués dans la réalisation des études ou enquêtes, il y a beaucoup plus de chances qu’ils soient capables d’utiliser les résultats.

Ce travail vise à alimenter et promouvoir des débats informés sur les enjeux fonciers des jeunes dans la commune rurale de Diagourou. Ces débats doivent permettre aux populations d’adapter leurs pratiques de gestion et de mise en valeur des espaces ruraux dans un contexte de pression croissante et de raréfaction des ressources.

Les femmes sont généralement reconnues pour être, beaucoup plus que les hommes, en situation d’insécurité foncière, c’est pourquoi la présente enquête vise ce groupe social que sont les mères de familles. Plus tard des enquêtes complémentaires pourront aborder les mêmes éléments d’observation avec les groupes d’hommes et de jeunes afin d’avoir une compréhension la plus complète possible des préoccupations et perceptions foncières des populations de la commune.

La présente étude pose l’hypothèse que, les femmes même si elles ne sont pas directement et exclusivement dépendantes de l’exploitation de la terre, car ayant d’autres activités génératrices de revenus (élevage, commerce, artisanat, etc.), ont néanmoins des nombreuses préoccupations relatives à l’accès de leurs enfants à la terre. Elles ont aussi des « idées » et « recommandations » à formuler pour en faciliter l’accès.

Les principaux résultats résumés :

- Le choix de culture mis en oeuvre par les femmes dépend principalement des possibilités de commercialisation et de la nature des sols. Le sorgho constitue la culture la plus appréciée des femmes à l’opposé du mil qui est la culture des hommes.

- L’exercice de ces différentes activités montre que les femmes de Diagourou ne sont pas totalement dépendantes de l’agriculture pour compléter leurs revenus. L’élevage et le petit commerce constituent des activités traditionnelles qui perdurent jusqu’à ce jour.

- Les résultats indiquent clairement que les femmes cultivent toujours sur une parcelle dont la propriété relève du mari.

- Les femmes revendiquent l’importance d’être propriétaire pour de multiples raisons liés à la sécurité et à l’autonomie de décision que cela procure.

- L’accès à la propriété foncière des femmes n’est pas un tabou. Les principaux facteurs de blocage sont les aspects sociaux et le manque de disponibilité financière.

- L’accès à la terre, hors du cas de l’héritage, est largement reconnu comme très difficile pour la prochaine génération quelque soit le sexe des enfants.

- Pour que leurs enfants soient propriétaire, hors du cadre de l’héritage, l’achat de terre constitue la solution prioritaire envisagée par les mères de famille.

- Même quand l’agriculture n’est pas la seule activité menée par femmes, la présente enquête confirme l’hypothèse selon laquelle les mères de familles de Diagourou sont très conscientes pour l’avenir de leurs enfants en ce qui concerne l’accès à la terre. Elles ont proposé des solutions et formulé des recommandations allant dans le sens, entre autres, de la régulation de l’achat et de la récupération des terres.


Ce travail fait suite à l’enquête publique relative aux pratiques rurales menée par les commissions foncières départementale, communales et villageoises en juillet 2008 dans la logique d’élaboration du Schéma d’Aménagement Foncier. Le présent travail contribue à la production d’informations spécifiques et complémentaires qui permettent de mieux comprendre les dynamiques foncières actuelles et ainsi de faciliter et argumenter les options de développement à mettre en oeuvre dans la commune rurale de Diagourou.

L’ensemble de ces documents sont disponibles sur le site du LUCOP