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Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

Poivron / Etude filière 2004

Publié le samedi 11 septembre 2010

Étude des filières et des systèmes de production de la Komadougou / Région de Diffa – Niger République du Niger – Coopération danoise / KARKARA – DED / Projet d’Appui aux Producteurs Agricole de la Komadougou

Dominique Hérault / IRAM, Avril 2004

70 pages et annexes, 1 Mo


Ce rapport date de 2004 mais de nombreuses descriptions et analyses restent d’actualité. La Chambre Régionale d’Agriculture continue de l’utiliser et compte mettre en oeuvre certaines des recommandations (centres de services, conseils technico-économiques).

Il faut cependant signaler un point de désaccord sur l’analyse de l’évolution du prix du poivron après la récolte. Les chiffres donnés par le consultant lui font douter de l’intérêt d’un stockage et/ou d’une opération de warrantage sur le poivron. Mais les chiffres utilisés (année 2003) ne sont pas conformes aux variations habituelles. Les producteurs confirment que le stockage du poivron reste une opération gagnante, pour ceux qui peuvent.

Le rapport est divisé en deux parties :
- les filières de commercialisation et d’approvisionnement : description, analyse et orientations quant au rôle des organisations paysannes ;
- les systèmes de production : approches, analyse économique et orientation quant à l’appui conseil aux exploitants.


Voici la conclusion du rapport :

Quelles sont les perspectives et les enjeux de l’appui du projet PAPAK aux exploitants de la Komadougou qui ressortent de la mission d’ « Étude des filières de commercialisation et d’approvisionnement et des systèmes de production de la Komadougou » ?

En synthèse, l’analyse de la filière de commercialisation du poivron a démontré qu’elle est très structurée, des villages aux marchés locaux, régionaux et de destination, et que les producteurs ne sont pas en situation défavorable sur les marchés où ils peuvent avoir une certaine force dans la fixation des cours par l’intermédiaire des dil’alé. Les prix de vente peuvent être rémunérateurs, mais sont aussi très fluctuants.

L’analyse de la filière d’approvisionnement en intrants a démontré qu’il y a des possibilités d’accès aux engrais et produits phytosanitaires au niveau de tous les marchés frontaliers du Nigéria, à partir de deux sociétés importantes basées à Maïduguri. A Diffa, il y a principalement un fournisseur agréé qui a développé de vraies capacités commerciales. Une certaine garantie sur la qualité des intrants peut être assurée. Les prix sont aussi très variables et défavorables compte tenu des marges de certains fournisseurs.

Par contre le facteur critique principal pour la valorisation du poivron (et probablement d’autres cultures de rente) est dans le lien entre la fourniture d’intrants à crédit sur les récoltes par les commerçants et la commercialisation. La majorité des sacs de poivron séchés sont vendus au niveau des villages, ou même des champs, aux commerçants qui ont vendu des intrants à crédit sur la récolte. En pré finançant la production, les commerçants financent leur propre activité économique de commercialisation du poivron.

La question centrale est donc plus celle du financement des charges de production du poivron (travaux et intrants) à crédit que celle de la commercialisation.

La vente des intrants à crédit aux producteurs par les commerçants peut aussi être analysée comme un service qui a un coût. L’analyse de ce coût en termes de taux d’intérêt permettrait de la comparer à l’accès au crédit de la Mutuelle N’Gada. Ce point n’a pas pu être vraiment approfondi pendant la mission, toutefois il apparaît majoritairement que ce crédit est fait en valeur (en référence à un prix pour les engrais).

Les chiffres dont nous avons pu disposer donnent un taux d’intérêt de 15% sur huit mois ; à comparer au taux du crédit de la Mutuelle de 18% l’an, soit 12% sur huit mois mais avec les contraintes ci-dessous notées par les producteurs. C’est l’enregistrement des prix de l’engrais acheté sur les marchés directement par les producteurs et les prix de vente à crédit au village ou au marché qui permettrait d’analyser le coût du crédit d’intrants par les commerçants. Des exploitants enquêtés ont formulé des réserves quant aux modalités d’octroi et de remboursement (délai, stockage des sacs, échéance unique) du crédit de campagne par la Mutuelle N’Gada.

Ceci renvoie aux enjeux de la Mutuelle N’Gada en tant qu’organisation des producteurs pour définir une politique de crédit de campagne qui puissent offrir des conditions optimales de financement de la production. Les sociétaires de la Mutuelle N’Gada auront certainement à faire l’analyse de leur politique actuelle de crédit de campagne.

L’appui technique à la production, l’organisation des producteurs pour l’approvisionnement en intrant (éventuellement la commercialisation) sont des domaines d’intervention du PAPAK qui, en lien avec le PASFER et la Mutuelle N’Gada pour le crédit, correspondent aux enjeux réels des producteurs de la Komadougou.

Si les hypothèses qui fondent l’intervention du projet PAPAK sont confirmées par l’étude, il est cependant important de considérer que les propositions qui sont faites par la mission attirent l’attention sur la stratégie de mise en œuvre de ce dernier.

Compte tenu des conclusions de l’analyse des filières, la mission pense que la priorité, en termes de structuration de services rendus par les organisations de producteurs, se situe au niveau de l’approvisionnement en intrants, en premier lieu en engrais puis des produits phytosanitaires.

La démarche proposée tient compte d’un enjeu, finalement stratégique, dont il est apparu que l’équipe du projet n’a pas vraiment analysé. Cet enjeu a été formulé ainsi par la mission.

La démarche d’intervention du projet telle qu’elle est conçue :
- aboutira-t-elle à ce que les actions soient appropriées par les Unions et Coopératives mutualistes de N’Gada uniquement comme une opportunité pour leurs propres membres ?
- contribuera t-elle à l’émergence de structures de services gérées par les producteurs de la zone ?

La mission pense que l’intervention du projet n’aura d’impact structurel sur les filières que s’il inscrit son appui aux producteurs dans l’émergence de Centres de services gérés par ceux-ci à travers leurs organisations.

C’est pourquoi il y a une étape préalable de vérification à double objectif, le premier de vérification de la cohérence des échelles spatiales d’organisation des Unions mises en place et de structuration géographique des filières, le second d’analyse des organisations coopératives. Il semble y avoir un manque de connaissance approfondie des organisations mutualistes de N’Gada.

Par la suite, l’équipe entreprendra avec les producteurs, l’analyse des filières l’approvisionnement, la prospection sur les filières, l’analyse des coûts (étude paysanne de faisabilité des commandes groupées d’engrais et produits phytosanitaires).

Pour comprendre et mettre en œuvre une stratégie cohérente de promotion de Centres de services gérés par les producteurs, la mission ne peut que recommander au PAPAK, à Karkara et son partenaire DED, de s’intégrer dans le réseau des Organisations de producteurs qui entreprennent déjà très précisément les mêmes actions au niveau des filières d’approvisionnement en intrants, avec l’appui du Projet Intrants FAO, d’autant que ce dernier va étendre son intervention à Diffa.

La mise en place d’une base de données informatique sur la commercialisation du poivron (et d’autres cultures) s’avère une nécessité pour la PAPAK, PASFR et N’Gada et tout autre acteur du développement à Diffa.

La mission propose au projet d’intégrer son appui technique aux producteurs à une vision plus large d’appui conseil technico-économique (qui pourrait devenir une prestation des Centres de services).

La démarche qui se rapporte à l’appui conseil aux exploitants se fonde sur le principe de placer ces derniers au centre de l’analyse de la gestion de leur entreprise agricole familiale par une approche comparative de leurs systèmes d’exploitation en groupe.

L’analyse porte sur les variables technico-économiques qui déterminent le résultat de l’exploitation et sur lesquelles les producteurs sont en mesure d’agir. Le conseil technico-économique est l’outil du chef d’exploitation en tant que décideur à l’interface des organisations coopératives qui lui permettent une maîtrise accrue de ses rapports au marché. Il est donc en parfaite cohérence à la promotion des Organisations des producteurs. Les outils de ce travail de conseil technico-économique sont une fiche d’enquête « Structure des exploitations » et le « Compte d’exploitation type ».

Pour la mission l’enjeu principal est pour le projet PAPAK, en synergie avec le PASFR et N’Gada, d’inscrire son intervention dans une vision structurante pour l’avenir qui puisse contribuer à la promotion de structures de services (au même titre que N’Gada pour le crédit) gérées par les producteurs organisés dans les domaines de l’approvisionnement (et de la commercialisation) mais aussi du conseil technico-économique, de la formation et de l’information.

Deux points méritent de faire l’objet d’études complémentaires pour lesquelles le projet peut mobiliser des ressources externes. Il s’agit d’une part des stratégies de stockage au niveau des exploitants, des femmes, des commerçants et des particuliers et d’autre part du crédit sous ses formes locales (crédit par les commerçants, par les femmes au niveau des villages).

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