RECA

Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

Poivron / Les commerçants

Publié le dimanche 12 septembre 2010

Enquête auprès des commerçants de la filière poivron à Diffa

ONG Karkara – Mutuelle d’Epargne et de Crédit N’Gada – DED Service Allemand de Développement / Cellule d’Appui à la Structuration des OP (CASOP) - Malam Laminou Hassane / Mars 2007

6 pages, 86 Ko


Cette enquête visait à réfléchir avec les commerçants sur l’organisation de la filière poivron autour d’OP dynamiques, de voir comment l’appui conseil auprès des producteurs à travers leurs organisations, en particulier pour des achats groupés d’intrants et des ventes groupées du poivron, pouvait bénéficier également aux commerçants de la filière… Il s’agissait d’impliquer les commerçants dans la réflexion dont ils sont généralement tenus écartés.

Les activités autour de la filière poivron génèrent des sommes considérables, impliquant beaucoup d’acteurs cherchant chacun à en tirer les meilleurs profits, quelque fois en échappant miraculeusement ou astucieusement au fisc. Les bénéfices tirés des activités de la filière selon certains acteurs sont aléatoires ou nuls malgré cela les activités de la filière continuent… mystère !

Typologie des commerçants

Les commerçants de la filière poivron interviennent en aval de la filière pour écouler la production vers les grands marchés de Zinder, Maradi et Niamey. Pour la majeure partie de la production écoulée vers le Nigeria ce sont les acteurs économiques nigérians qui interviennent. Nous nous intéresserons ici au côté nigérien du commerce.

Les commerçants de la filière poivron sont variés : à côté des gros commerçants transporteurs, on dénombre des commerçants permanents mais aussi des saisonniers qui interviennent à différentes échelles. Chacun tente de tirer profit du poivron puis souvent se retire du jeu. Les commerçants peuvent être classés en cinq catégories :

  • les commerçants permanents,
  • les commerçants saisonniers,
  • les producteurs commerçants,
  • les commerçants transporteurs fournisseurs,
  • les fonctionnaires et autres fortunés.

- Commerçants permanents

Les informations recueillies dénombrent environ 25 personnes. La Direction Régionale des impôts a enregistré 31 commerçants dont aucun ne possède le numéro d’identification fiscale (NIF/P). Ceux-ci sont imposés à la patente synthétique non encore totalement recouvrée pour la campagne en cours. Le secteur reste encore informel.

Ces commerçants permanents possèdent leurs capitaux propres et exercent des activités commerciales diverses. Parmi eux, ceux qui ont une grande surface financière profitent bien de l’activité par la spéculation et durant les périodes de pénurie. Les commerçants permanents sont organisés en syndicat de commerçants de poivron d’environ 16 membres.

- Commerçants saisonniers

Ils sont très nombreux qui opèrent à la période des premières récoltes, saisissant les bonnes opportunités avec l’aide (crédit) de leurs patrons pour gagner leur vie pendant 3 à 4 mois de l’achat et de la vente du poivron. Ils jouent souvent le rôle d’intermédiaires et de convoyeurs pour le compte des villages vers les grands centres.

- Producteurs commerçants

Ils seraient une cinquantaine qui commerce en début de récolte jusqu’au démarrage de la nouvelle campagne. Leur production souvent supérieure à 150 sacs de poivron sert de capital. Qui s’y frottent s’y piquent, laissant des plumes avant de disparaître à cause de la vente à crédit qui demeure le véritable mal de la filière.

- Commerçants Transporteurs Fournisseurs

Ce sont les grosses pointures de la filière, environ 8 commerçants repartis entre la commune de Diffa (4), la zone Est (2) et l’Ouest (2). En plus de la vente du poivron, ils gagnent sur le transport du poivron (1400 F/sac rendu à Niamey) mais également ils se positionnent auprès des producteurs en finançant la campagne en crédit intrants remboursé en nature (poivron de 1ère qualité à la récolte) : 1 sac d’engrais pour 1 sac de poivron. Ils profitent également du transport retour des marchandises en provenance de Niamey-Maradi-Zinder. Les ventes de poivron dans ces centres se font sous forme de troc (poivron contre riz, huile).

- Les fonctionnaires et autres fortunés

Ils sont très nombreux ceux qui envoient leur argent pour acheter du poivron pendant les récoltes en espérant faire la bonne affaire. Ils investissent quelques centaines de milliers de francs voir millions en attendant le jackpot, souvent c’est la désillusion.

Caractéristiques principales du circuit de commercialisation

Les commerçants (producteurs) de Diffa font face au problème du paiement à crédit de la production. Au Nigeria, les ventes sont effectuées cash, mais l’insécurité (la crainte des coupeurs de route) en a dissuadé plus d’un. Comme pour beaucoup de produits, la qualité est facteur déterminante du prix d’achat.

- Vente du poivron à crédit à terme

Les mécanismes de fixation des prix sont parfaitement connus et rodés. Un consensus Producteurs <-> Dilali <-> Commerçants est accepté pour fixer un prix plancher qui lui-même tient compte des marchés précédents des centres d’écoulement.

En ce qui concerne les prix de vente en grande zone de distribution Zinder Maradi Niamey, c’est la toute puissante organisation des commerçants qui fixe le prix d’achat aux commerçants venus de Diffa. Les ventes sont effectuées à crédit à terme, le paiement intervient 1 (une) à 3 (trois) semaines après la livraison. Depuis l’avènement de la vente à crédit il y a une dizaine d’année, beaucoup de commerçants et producteurs ont jeté l’éponge (cas Elh I.S qui a perdu plus de 800.000 francs).

- La qualité du poivron facteur du prix d’achat

Le poivron de qualité (1ère récolte) est recherché par tous, consommateurs et commerçants, à cause de sa résistance et durée de vie, même avec un prix d’achat supérieur à celui de la qualité inférieur (de 300 à 500 Naira).

La filière poivron aux dires des commerçants - et des producteurs - n’est pas en bon point, victime de son gigantisme et des choix stratégiques opérés pour la production et l’écoulement du poivron.

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