RECA

Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

Attaque du poivron 2 /Diagnostic de la DGPV

Publié le mercredi 30 mars 2011

Attaques phytosanitaires graves sur les poivrons de Diffa : la Protection des Végétaux réalise un diagnostic

La culture du poivron est la principale source de revenu des producteurs agricoles de la vallée de la Komadougou dans la région de Diffa. La production de poivron concerne une bande de 150 km de long et 25.000 à 30.000 personnes s’y investissent. Les revenus du poivron permettent notamment aux familles concernées d’acheter une partie des céréales dont elles ont besoin dans une région structurellement déficitaire. C’est donc une culture de rente mais avec une forte implication dans la sécurité alimentaire de la région.

Lors de cette campagne 2010 – 2011, les poivrons ont été attaqués par des ennemies de culture "déclarés non identifiés" et les producteurs ont enregistré des pertes très importantes (Voir la note précédente de la Chambre Régionale d’Agriculture de Diffa).

Depuis, les acteurs régionaux se sont mobilisés pour identifier les problèmes et ont reçu l’appui de la Direction Générale de la Protection des Végétaux qui a envoyé une mission pour faire un diagnostic de la situation et identifier les ravageurs responsables.

Voici ci-après un extrait du rapport de cette mission. Vous pouvez également télécharger l’intégralité du rapport avec les photos (11 pages, 868 Ko).


Rapport de mission : Appui technique aux activités de prospection sur les sites de culture de poivron dans la région de Diffa (2 au 9 mars 2011)

Mission effectuée par Moumouni ABOU et Mme Idrissa Fassouma BOUKARI

Direction Générale de la Protection des Végétaux / Direction des Interventions Phytosanitaires et des Etudes Biologiques

1. Contexte et justification

Dès février 2011 les services de la protection des végétaux de la Région de Diffa ont signalé des attaques sur la culture du poivron. Il avait été constaté la présence d’un problème phytosanitaire provoquant le rabougrissement et le dépérissement des plants réduisant considérablement la production de poivron au niveau de toutes les zones de cultures. Cette situation nécessitait un diagnostic précis pour identifier les organismes nuisibles en cause par des spécialistes. Ce diagnostic a été demandé à la Direction Générale de la Protection des Végétaux afin de proposer des solutions appropriées pour une gestion durable de ce problème.

Une mission conduite par deux cadres de la Direction des Interventions phytosanitaires et des Etudes Biologiques de la DGPV, s’est rendue dans la région du 2/03/11 au 9/03/11.

2. Objectifs

Les objectifs assignés à cette mission sont :
- Faire le point de la situation ;
- Collecter des échantillons (plants malades ou parties de plantes malades (feuilles, tiges, racines), sol, … etc.) ;
- Faire le diagnostic ;
- Identifier les agents causaux par un spécialiste ;
- Réaliser un reportage photographique.

3. Déroulement de la mission

De concert avec le SRPV de la région visitée, accompagnée pour la circonstance par le Secrétaire de la Chambre régionale d’agriculture de Diffa (CRA) et la Représentante du Bureau de coordination pour les affaires humanitaires du système des Nations Unies basée à Diffa (OCHA), la mission s’est rendue dans les sites où des signalisations et déclarations d’attaques ont été enregistrées. Cinq sites ont été prospectés de part et d’autres de la ville de Diffa dont trois à l’Est et deux au Sud-Ouest. Il s’agit de : Kayowa, Boulangouri Est, Boulangouri Ouest, C.U Diffa, Tourban Guida, Chetimari Grematori (2 sites).

4. Situation générale

Au niveau de la zone visitée, les plants de poivron sont au stade fructification et déjà les producteurs ont effectué trois (3) à quatre (4) récoltes sur les six (6) à huit (8) prévues en temps normal. Les sols sont de nature limono sableuse à argileuse et l’alimentation en eau est assurée par un système d’irrigation sous contrôle de l’ONAHA.

L’aspect général des cultures à travers les sites visités fait ressortir les symptômes suivants :
- Enroulement des feuilles vers le haut ;
- Coloration rouille à la face inférieure des feuilles ;
- Dessèchement et perte progressive des feuilles ;
- Jaunissement et nanisme des plants par tâches ;
- Flétrissement généralisé des plants ;
- Dépôt noir sur les tiges et sol semblable à la fumagine par endroit surtout en milieu humide ;
- Présence et ou impacts des attaques sévères des pucerons et de la mouche blanche sont visibles sur feuilles (points de piqûre et virose) ;
- Virose sur feuilles ;
- Galles sur racines (nématodes) cas de C.U Diffa et Tourban Guida.

Selon les producteurs ce problème a commencé l’an passé dans la zone de Bosso à l’Est, avant de progresser cette année vers l’Ouest et couvrir tout le long de la Komadougou dans la partie nigérienne et au-delà jusqu’au Nigeria voisin. Ils rapportent que la maladie n’intervient qu’après la deuxième ou troisième récolte et compromet le reste de la production car au delà les fruits diminuent de taille et durcissent perdant ainsi leur qualité marchande conduisant à l’abandon pur et simple des parcelles infestées. L’intensité de la maladie est plus élevée après une irrigation ce qui a conduit à un arrêt de cette dernière dans beaucoup d’exploitations.

Cette maladie est observée sur le poivron, le piment, le jaxatou, la tomate et le gombo, seuls le chou et l’oignon semblent être épargnés.

En termes d’intrants on note une utilisation excessive d’engrais minéraux (15-15-15 et Urée) sans respect de la loi de fertilisation, ce qui n’est pas sans conséquences sur la structure et le PH du sol.

Les semences utilisées s’obtiennent par sélection massale chaque année au moment de la récolte ce qui pourrait induire la baisse de production à travers la dégénérescence ou la présence des maladies transmissibles par ces dernières.

Notons aussi que, suite aux attaques des pucerons et de la mouche blanche, plusieurs interventions phytosanitaires ont été effectuées par les producteurs avec généralement le Chlorpyriphos éthyl en formulation EC acquis dans un pays voisin, à raison d’une intervention chaque dix (10) à quatorze (14) jours.

En partant des observations ci dessus, il se dégage une attaque sévère des mouches blanches et des pucerons dans tous les sites ainsi que celle des nématodes à galles par endroit dont l’action combinée contribue pour une bonne part à la baisse de production ainsi qu’a la réduction du nombre de récolte.

Concernant la virose, les symptômes observés pourraient être dus au virus de la panachure du poivron (PVMV= pepper veinal mottle virus) dont les plants attaqués produisent peu de fruits et de taille réduite. L’incidence au champ de cette maladie peut facilement atteindre 100% avec des pertes de rendement variant de 8,55 à 76,2%. Le PVMV se transmet mécaniquement, par greffe et surtout par voie non persistante par Aphis gossypii (puceron). Notons par ailleurs que c’est un virus signalé dans de nombreux pays Ouest africains et attaque naturellement de nombreuses cultures maraîchères (piment, poivron, aubergine, tomate, etc.).

Quant aux nématodes, plusieurs analyses ont révélé que les sols sont infestés de nématodes surtout les nématodes à galles (Méloidogyne sp).

5. Collecte des échantillons

Au niveau des cinq sites prospectés, un total de 15 échantillons de sol et 15 autres de tiges +racines ont été prélevés en raison de six échantillons par site dont trois composés de sol et trois de tiges et racines.

Les échantillons feront l’objet d’analyse au laboratoire afin d’identifier avec précision dans la mesure du possible, le ou les éventuels agents responsables de cette situation. Les résultats seront consignés dans un rapport technique.

6. Informations

La culture du poivron dans la région de Diffa est menacée par un complexe d’organismes nuisibles qui ont des conséquences sur la production et le revenu des producteurs.

C’est donc un problème d’une très grande importance auquel des solutions urgentes et appropriées doivent être trouvées pour le développement de la région et l’amélioration des revenus des producteurs.

C’est pourquoi, la Chambre Régionale de l’Agriculture de diffa (CRA) avec l’appui du Réseau national des Chambres d’Agriculture (RECA), très préoccupée par cette situation compte proposer la tenue d’un atelier sur la problématique de la culture de poivron en mai 2011. Cet atelier regroupera tous les acteurs intervenants dans la culture du poivron, les spécialistes et les personnes ressources pouvant apporter leurs appuis aux producteurs et à leurs organisations professionnelles pour une plus grande maîtrise de la culture du poivron. Cet atelier aura pour objectif de faire le point sur l’état des connaissances en matière de lutte contre les ravageurs et maladies du poivron mais aussi sur les conseils techniques et solutions adaptées à proposer aux producteurs pour une gestion efficace et durable de ces fléaux.