RECA

Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

Pomme de terre primeur au Burkina

Publié le dimanche 27 décembre 2009

Voici le portrait, chiffre à l’appui, de la réussite économique d’un groupe de producteurs de Tougzagué au Burkina dans la pomme de terre primeur (primeur signifie qu’il s’agît des premières récoltes arrivant sur le marché).

La pomme de terre primeur : une opportunité commerciale au Nord du Burkina

Dans la grande majorité des cas, les producteurs du Burkina utilisent des semences importées de Hollande ou de France. Ces semences arrivent seulement à partir de mi-novembre après leur récolte et conditionnement en Europe. La livraison fin novembre ne permet pas au producteur de profiter de la demande importante de pomme de terre sur les marchés urbains durant les fêtes de fin d’année et surtout des prix très attractifs puisque le kg de pomme de terre de gros calibre est de plus de 400 F.CFA/kg bord de champ au mois de décembre, et entre 600 et 750 FCFA/kg sur le marché de la capitale. De plus, l’arrivée simultanée des semences a comme effet pervers que tous les producteurs récoltent au même moment, ce qui fait chuter les prix. Ainsi, le kg de pomme de terre ne se vend plus que 170 F.CFA en moyenne au mois de février et mars.

À Tougzagué, certains producteurs se sont mis à produire de la pomme de terre « primeur » qu’ils récoltent en fin décembre juste à temps pour les fêtes de fin d’année. Pour cela il fallait relever un défi important : avoir des semences disponibles à la mi-octobre. Or, où trouver ces semences ? Ne pouvant compter sur la semence importée d’Europe, la logique implique que la semence soit sélectionnée à partir de sa propre récolte. Cependant, cette solution implique encore certains défis.

Il faut d’abord conserver la production de petit calibre pour l’utiliser comme semences, globalement c’est possible. Il faut ensuite adapter l’itinéraire technique car le rendement obtenu avec une semence de pomme de terre locale est beaucoup plus faible que celui de la semence importée.

Les producteurs de Tougzagué ont donc modifié l’itinéraire technique qui conseille ½ caisse de semences /100m2 sans sectionnement des tubercules et ont augmenté la densité de semis à quelques 2,4 caisses /100m2. L’augmentation de la densité de semis des semences locales provient du fait que la semence importée a plus d’yeux qui germent contrairement à la semence locale ou certains yeux ont déjà germé pendant la conservation, ce qui donne un nombre de tiges moins important. De façon générale, les pommes de terre récoltées avec la semence locale sont moins grosses que celles de la semence importée. Avec cette densification des semis, les producteurs ont pu obtenir des rendements au 100 m2 sensiblement égaux aux rendements des semences importées. Les rendements en tubercules de gros calibre furent de 180 kg /100m2 et ceux de moyen calibre de 95 kg /100m2.

La pomme de terre primeur a cependant coûté plus chère à produire. Au 100 m2, les charges de production ont été de 28 559 FCFA pour la culture avec des semences locales contre 14 823 FCFA pour la culture avec des semences importées. Dans un premier temps, les coûts en semence sont plus élevés car les producteurs de Tougzagué sont passés maîtres dans le sectionnement des tubercules de semence importée et ont donc réduit à seulement 0,3 caisses/100m2 l’utilisation de ces semences contrairement à 2,4 caisses/100m2 pour les semences conservées localement. Dans un second temps, les charges en engrais de la pomme de terre primeur sont plus élevées du fait que les producteurs voulaient s’assurer d’obtenir de bon rendements et de gros tubercules plus payants sur le marché.

Une innovation qui a prouvé sa rentabilité

Alors que le prix moyen de vente était de 165 F.CFA/kg lors de la récolte des pommes de terre provenant de semences importées, les producteurs de Tougzagué ont été capables d’obtenir un prix moyen de 335 F.CFA/kg. Ainsi, avec un prix qui est plus du double, les producteurs qui se sont lancés dans la pomme de terre locale ont réussi à augmenter leur marge brute au 100 m2 de presque 70%. À la lumière de ces données, les producteurs de pomme de terre locale ont réussi à développer une culture largement plus rentable que la méthode conventionnelle. Même si la production de pomme de terre à partir de semence locale n’est pas vouée à supplanter la production à partir de semence importées, la production de la pomme de terre primeur s’avère une façon d’étaler le calendrier de production de la pomme de terre et d’obtenir une récolte aux bénéfices intéressants.

Les paysans de Tougzagué ont innové grâce à leur expérience et à leur maîtrise technique de la culture de la pomme de terre. Mais cela a été possible grâce à leur pratique du conseil de gestion à l’exploitation au sein de la Fédération Nationale des Groupements Naams (FNGN). Le conseil de gestion leur permet de mesurer la rentabilité des différentes options possibles, une véritable obligation pour une des cultures qui demande le plus d’investissement.


A vous de télécharger et de lire l’intégralité de l’expérience des producteurs de Tougzagué. En plus il sera peut être intéressant de réfléchir sur l’intérêt du conseil de gestion à l’exploitation pour les maraichers nigériens.

Vous trouverez également la fiche technique pour la culture de la pomme de terre élaborée par une autre organisation de producteurs du Burkina, la Fédération des professionnels agricoles du Burkina (FepaB). Une fiche technique simple et illustrée sur deux pages, un modèle possible pour les fiches techniques du Niger.