RECA

Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

Téléphonie et marchés

Publié le vendredi 16 septembre 2011

Les impacts de la téléphonie mobile sur le fonctionnement des marchés en Afrique subsaharienne / Etude menée au Niger

En Afrique subsaharienne, l’utilisation de la téléphonie mobile a des impacts positifs sur le fonctionnement des marchés locaux de biens de consommation. Une étude menée au Niger montre en effet que la téléphonie mobile permet une diminution des coûts ainsi qu’un accès à un plus grand nombre de marchés pour les négociants, ce qui entraîne une harmonisation et une réduction des prix souvent favorables au consommateur. Ces résultats semblent être cohérents avec ceux obtenus dans d’autres pays en développement. Ils permettent alors de tirer quelques leçons pour améliorer l’impact des technologies de l’information sur le développement économique.

Par Jenny C. Aker, professeur d’économie à l’Université de Tufts et chercheur associée au Center for Global Development.


Les effets de la téléphonie mobile sur les inefficiences du marché au Niger

En 2001, alors que le premier réseau de téléphonie mobile est mis en place, les 12 millions d’habitants du Niger n’avaient accès qu’à 20 000 lignes fixes – soit près de deux lignes pour 1000 personnes. Au cours des sept années qui ont suivi, l’accessibilité des services de téléphonie mobile est devenue une réalité ; en 2008, le nombre d’abonnés en téléphonie mobile a atteint le chiffre de 1,7 million soit 13 % de la population du pays (Wireless Intelligence, 2008).

La théorie économique a établi depuis longtemps le rôle essentiel que joue l’information dans l’efficacité des marchés. Cette information – pour réellement participer au développement économique du plus grand nombre – doit être accessible à tous et symétrique. Dans les pays à faibles revenus, comme le Niger, ce n’est que très rarement le cas ; dans ce contexte, la recherche d’informations peut être coûteuse. Les marchés céréaliers ne se tenant qu’une fois par semaine, les négociants et les producteurs devaient, à l’époque où la téléphonie mobile n’existait pas, parcourir de longues distances pour obtenir des informations fiables sur les prix. Ces déplacements induisent en eux-mêmes des coûts directs, mais aussi indirects tels que les coûts d’opportunité, découlant du temps passé sur la route plutôt qu’à maintenir ou accroître une capacité productive.

Comparativement, l’arrivée des téléphones portables au Niger a considérablement réduit le coût des informations relatives au prix. La théorie veut donc que l’introduction de cette nouvelle technologie facilite la recherche d’informations sur le marché et en réduise le coût. L’introduction de la téléphonie mobile au Niger entre 2001 et 2006 a de fait coïncidé avec une réduction d’au moins 10 % de la dispersion des prix des céréales, suggérant que les marchés se conformeraient à la loi du prix unique (Aker, 2008).

La loi du prix unique – ou Law of one price (LooP) en anglais – est une théorie économique affirmant que sur un marché efficace, des produits identiques devraient avoir le même coût, ne fois déduits les frais de transport.

Celle-ci a également été associée à une réduction de 12 % de la variation annuelle des prix des céréales (Aker, 2008).

L’expérience du Niger permet de dégager plusieurs enseignements.

- L’accès à l’information est crucial ; les producteurs, les négociants et les consommateurs doivent pouvoir arbitrer de façon optimale – en d’autres termes, ils doivent pouvoir acheter et vendre leurs marchandises à l’endroit et au moment où c’est le plus nécessaire. Cela permet d’améliorer la performance du marché, et accroît ainsi le bien-être général.

- Les téléphones portables permettent aux consommateurs, aux négociants et aux producteurs de trouver des informations sur le marché à tout moment, de n’importe où – ou presque. Si les systèmes d’information de marché (SIM) agricoles ont par le passé fourni des informations peu coûteuses aux producteurs, aux négociants et aux consommateurs via les radios ou via des messages écrits, les téléphones portables constituent aujourd’hui un moyen particulièrement efficace de fournir ces informations et sont rapidement adoptés dans les pays en développement. Par conséquent, la téléphonie mobile doit tenir une place centrale dans la conception et la mise en œuvre des systèmes d’information dans les pays en développement.

- Du fait des niveaux élevés d’analphabétisme en Afrique subsaharienne, une majorité des utilisateurs se sert de la téléphonie mobile pour des communications vocales, plus que pour les SMS ou pour l’accès à l’Internet. Les services et produits basés sur la téléphonie mobile doivent donc être adaptés à cette réalité.

Bien entendu, la téléphonie mobile n’est pas la panacée qui permettra de sortir à coup sûr les individus de la pauvreté. Il s’agit davantage d’un outil que ces derniers peuvent utiliser pour réduire les coûts de l’information, améliorer les conditions du marché et renforcer les projets de développement.

Cet article est paru dans la revue « Secteur Privé & Développement », Numéro 4 - La téléphonie mobile dans les pays en développement : quels impacts économiques et sociaux ? – éditée par PROPARCO. Il date de 2009, mais le RECA a trouvé utile de vous le proposer.

Créée en 1977, PROPARCO est une Institution Financière de Développement, conjointement détenue par l’Agence Française de Développement (AFD) et par des actionnaires privés du Nord et du Sud.

Télécharger l’article en intégralité, 3 pages, 125 Ko.

Pour rappel, le RECA a créé fin 2010, un service info-marché de consultation des prix des denrées (niébé, oignon, sésame) par SMS via le mobile orange. Le SIMA a démarré une phase test afin de proposer ses informations sur les marchés par le biais de communications vocales avec la téléphonie mobile.