RECA

Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

Fil. niébé Zinder 1

Publié le lundi 25 janvier 2010

Etude sur la filière niébé dans la région de Zinder / 1. Les acteurs de la commercialisation

Les rencontres « filières » au Niger essayent logiquement de rassembler l’ensemble des acteurs d’une filière. Il s’agit, par exemple, des producteurs, des commerçants, des transformateurs, des transporteurs, etc.

Cependant il n’est que rarement pris en compte la diversité de ces acteurs et leurs places différentes dans les filières. Souvent c’est par un manque de connaissance de cette diversité.

L’étude sur la filière niébé dans la région de Zinder, réalisée dans le cadre des programmes de la SNV, est particulièrement intéressante car elle présente les différentes catégories de « commerçants », leurs places dans la filière et leurs relations avec les producteurs.

Aux Chambres d’Agriculture et aux OP d’en tenir compte et de mieux définir quels type d’acteurs ils réunissent pour leurs activités et quels types de négociations ou actions doivent être menées avec chaque catégorie.

Ces pages sont extraites de l’Etude de la filière niébé dans la région de Zinder réalisée par Centre d’Etudes Economiques et Sociales de l’Afrique de l’Ouest (CESAO-PRN) dans le cadre du portefeuille Zinder de la SNV (organisation néerlandaise de développement) qui a choisi d’appuyer cette filière compte tenu de son importance pour l’ensemble des paysans de cette région.

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Caractérisation des acteurs de la commercialisation du niébé au niveau des marchés de la région de Zinder

Il n’a pas été possible de procéder au comptage des acteurs de la commercialisation, certains refusant de se faire recenser. Au niveau des marchés visités, on ne note aucune femme au sein des acteurs de la commercialisation du niébé (grossistes, intermédiaires, détaillants, acheteurs étrangers et transporteurs).

Les intermédiaires

Ce sont les acteurs les plus nombreux dans les marchés, leur nombre peut atteindre 100 par marché ! Cela pourrait s’expliquer par le fait que les grossistes n’ont presque pas de contact direct avec les producteurs : ce sont les intermédiaires qui s’occupent de conclure la vente avec eux. En effet, l’étude montre que dans environ 90 % des cas, les grossistes font leur stock exclusivement via les intermédiaires, ce n’est que dans 10 % des cas qu’ils déclarent acheter aussi directement auprès des producteurs. En général, leur rayon d’action couvre le département dans lequel ils se trouvent.

Les intermédiaires négocient les transactions de niébé entre producteurs, grossistes, détaillants et acheteurs étrangers moyennant une commission. Les commissions qui perçoivent varient beaucoup : de 100 à 200 FCFA par sac de la part du vendeur et entre 200 et 500 FCFA de la part de l’acheteur. Il semble que les intermédiaires fréquentent plusieurs marchés et qu’en fonction de leur tissu de relations ils peuvent brasser de 20 à 700 sacs de niébé par semaine. En général leur activité est étalée sur toute l’année.

Les grossistes

Dans chacun des marchés ce sont les acteurs les moins nombreux mais ils brassent annuellement des quantités allant de 50 t à 20.000 t par individu, dépassant largement la totalité des volumes qui sont déclarés par la douane. Les grossistes ont principalement une clientèle étrangère, quasi-exclusivement du Nigeria (Kano) achetant de grandes quantités.

Les détaillants

Ils peuvent avoisiner la quarantaine par marché. Ils brassent des volumes de niébé pouvant atteindre en moyenne 38 sacs par semaine toutes variétés confondues et ils fréquentent plusieurs marchés hebdomadaires par semaine. Dans la majorité des cas ils s’approvisionnent auprès des producteurs (49 %), dans 28 % des cas auprès des collecteurs et intermédiaires et dans près de 9 % auprès des grossistes qui leur font assez souvent du crédit en nature. Seulement 14 % des détaillants sont constitués par des producteurs qui vendent leur propre production. Les ménages et les petites transformatrices achetant de petites quantités constituent leurs principaux clients.

Les acheteurs étrangers

Très peu fréquentent les marchés au début de la récolte. Mais on constate qu’au niveau des marchés proches de la frontière nigériane (Doungass, Matameye, Magaria, Bandé), les acheteurs de ce pays sont déjà assez nombreux contrairement aux autres marchés qu’ils ne fréquentent qu’en période de grande abondance. Ils sont régulièrement en contact avec les grossistes et intermédiaires locaux grâce au développement de la téléphonie cellulaire.

En général les quantités recherchées par les étrangers (nigérians) sont très grandes : certains achètent annuellement des milliers de tonnes. Ce sont quasi-exclusivement des nigérians qui approvisionnent plusieurs localités et marchés de leur pays mêmes ceux du Sud du pays : Babra, Kano, Kaduna, Ibadan, Onatcha, Lagos, Maigatari, Daoura, Illori, Jos, Mai Adoua, Machi, Zapoura, etc.

Relations stratégiques entre acteurs

Bien que 90 % des grossistes n’aient pas de contact direct avec les producteurs, 50 % d’entre eux affirment contribuer au financement de la campagne de production. Mais la quasi-totalité financeraient le fonds de roulement des collecteurs, font du crédit aux détaillants et donnent des commissions aux intermédiaires au prorata des volumes des transactions. En effet, 60 % des intermédiaires confirment recevoir un appui sous forme de fonds de roulement auprès des collecteurs et grossistes.

Le tiers des intermédiaires affirme aussi contribuer au financement de la campagne des producteurs tandis que les deux tiers disent n’avoir aucune relation de ce type. Et si c’est le cas, cela pourrait sous entendre un système de crédit sur récolte qui ne serait probablement pas à l’avantage du producteur.