RECA

Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

Warrantage / Niger

Publié le mardi 9 février 2010

Revue du warrantage paysan au Niger

Document élaboré pour le compte de l’Agence Française de Développement (AFD)

Par Jonathan Coulter et Sani Mahamadou / Décembre 2009


Ce rapport passe en revue l’expérience de warrantage agricole mis en œuvre au Niger depuis 1999, par la FAO et les autres acteurs, fait ressortir des leçons pour les décideurs et les praticiens, et propose des actions pour développer davantage l’activité.

Dans certains pays de la région ouest-Africaine, ce sont des prestataires de service spécialisés, appelés « tiers détenteurs » qui ont développé le warrantage au niveau commercial, mais au Niger c’est un dispositif utilisé surtout au niveau paysan.

C’est une approche où les paysans, à travers leurs organisations producteurs (OP) stockent leurs produits jusqu’à la soudure, et obtiennent des prêts auprès des institutions de micro finance (IMF), et sous contrôle d’un système de « double cadenas ». Les prêts leur permettent de mener des activités génératrices de revenu (ou AGR) ou de faire face à leurs obligations sociales et financières. Après dénouement du crédit, ils peuvent vendre le stock ou le retenir pour la consommation familiale dans une période de pénurie relative où les prix sont généralement hauts.

La FAO a promu le warrantage avec le concours d’autres acteurs, dans le cadre du « Projet Intrants », financé par la Coopération Belge et cherchant surtout à intéresser les paysans à adopter les technologies de hauts rendements, spécialement l’administration des engrais par le système de micro-dose. Le Projet Intrants a duré jusqu’à 2008, et un nouveau projet (IARBIC) financé par la Union Européenne a pris le relais a partir de mi-2009. IARBIC est un projet multi-composant, et le composant warrantage vise surtout la mise en place d’une ligne de crédit et/ou un fonds de garantie, et la construction de magasins pour les paysans.

Le warrantage a débuté avec une courbe ascendante d’adoption, mais a chuté en 2003/04, due à la faiblesse des IMF mutuelles au Niger et à la mauvaise compréhension du warrantage. La situation s’est corrigée et les IMF de crédit direct (Coopérative TAANADI, ASUSU CIIGABA et SICR KOKARI) ont pris le relais en matière de financement, appuyées par des fonds d’investissement internationaux et les prêts commerciaux des banques commerciales, et le volume d’activité a augmenté.

En 2008/09, le volume des prêts qu’on a pu recenser est arrivé à FCFA 593 millions, ce qui représente à peu près 5 000 tonnes de produits, surtout des arachides et du mil, mais aussi du niébé, du riz paddy, l’oseille, le sésame, le souchet (à Maradi), le poivron séché (à Diffa), et plusieurs autres produits secs. Le warrantage pourrait être très intéressant avec d’autres produits de maraichage, comme les oignons, l’ail, les tomates séchées, dû à une énorme variabilité saisonnière dans les cours, mais il paraît que les OP ne maitrisent pas encore les opérations de façon de pouvoir pérenniser l’activité avec ces produits.

L’évolution positive des volumes cache des écarts interrégionaux importants, et on a constaté une baisse dans l’activité dans la région de Maradi, ainsi comme une concentration dans certaines communautés (notamment Konkorido et Gadambo), qui suggère que quand les paysans et leurs OP apprennent à bien maitriser l’activité, l’impact est fortement positif. En même temps il faut reconnaître que le volume stocké dans le cadre du warrantage représente un peu plus que 0,1% de la production de céréales et légumineuses au Niger, et moins de 10% des volumes de paddy mobilisés par les réseaux Malgache – mais là il faut souligner que les paysans malgaches ont à peu près 20 ans d’expérience.

Les trois IMF susdites de crédit direct ont augmenté très rapidement leur portefeuille de crédits depuis 2005, de façon qu’elles occupent une place très importante dans le développement de la finance rurale en général. Le warrantage représente autour de 6% de ce portefeuille dans l’actualité. Il est important d’assurer la stabilité de ces IMF et en même temps augmenter la portée des mutuelles les plus performantes, de caractère urbaine à l’heure actuelle, afin qu’elles puissent offrir des services de proximité, y compris l’épargne. L’intérêt d’un réseau mutualiste pour créer des guichets ruraux pourraient offrir un créneau pour atteindre ce dernier but.

On a constaté que le warrantage paysan au Niger est un succès dans son ensemble, mais qu’il est encore loin d’atteindre son potentiel. Il laisse des bénéfices réels aux paysans, et il est apparemment durable et performant en matière de remboursement. Il est simple, maitrisable du point de vue technique, et permet aux paysans de mieux gérer leurs ressources en nature et espèces, ce qui facilite directement et indirectement l’adoption des technologies qui augmentent leur productivité agricole. Dans la partie sud du Niger, le warrantage semble être un outil beaucoup plus durable pour promouvoir la sécurité alimentaire en périodes de soudure que les banques de céréales. Par ailleurs il apparaît que le warrantage est un bon outil pour relancer la coopération entre paysans, ce qui aura des autres retombées bénéfiques dans le monde rural. Toutefois on perçoit paradoxalement que la force du dispositif repose en grande partie sur le fait que les produits sont stockés au nom des individus, qui permet un meilleur sens d’appropriation.

On a constaté un processus d’adaptation, en grande partie spontané, où les OP et IMF cherchent à tirer plus de profit de l’activité, qui explique l’adoption relativement massive de ce dispositif dans certaines communautés. Pour développer davantage le warrantage et accélérer l’adoption sur l’ensemble du pays, il sera nécessaire construire sur les bonnes pratiques de ces communautés, et prendre des actions suivantes :

- un travail continu pour former les paysans, qui sont les plus grands bénéficiaires de l’activité, afin de développer ses stratégies et approches. Il faut rechercher un maximum de prise en charge par les OP elles mêmes, qu’elles développent des relations de moyen ou même long terme avec leurs IMF et les institutions financières (comme les banques commerciales), et qu’ils développent leurs administration, comptabilité/audit et analyse des opérations.

- continuer à développer le warrantage comme produit, en introduisant des nouvelles approches qui le rend mieux adapté aux besoins des paysans, par exemple en augmentant le nombre de déstockages, et en liant le crédit de campagne avec le warrantage au moment de la récolte (p.ex. : dans le cas des tomates séchées des femmes, ou du souchet).

- améliorer les dispositifs financiers, notamment : (a) que la BCEAO supervise directement les IMF leader ; (b) que celles-ci développent davantage leurs systèmes d’analyse de produits ; (c) que le Projet IARBIC cherche un partenariat avec les mutuelles les plus performantes pour l’extension de leurs réseaux ; (d) de mettre au point les aspects légaux et documentation correspondant au warrantage paysan ; (e) de mettre en place un cadre règlementaire pour la tierce détention, et ; (f) d’investiguer la faisabilité d’un dispositif de refinancement du warrantage.

- améliorer la gestion du risque que la variation de prix des produits warrantés influence de façon défavorable sur les revenus des paysans et leur remboursement, en fixant le taux d’avance (le taux de crédit par rapport à la valeur du stock) de manière prudente (comme à Konkorido Doutchi) et développant un dispositif qui tient compte d’un certain nombre de facteurs comme l’évolution de la production, des prix des produits sur le marché national et international, des risques éventuels liés à des facteurs exogènes.

- augmenter le warrantage avec les produits difficiles à stocker, surtout le niébé, toujours en clarifiant les options technologiques et qui s’avèrent rentablesentamer un débat sur la politique de l’Etat en matière de commercialisation agricole et son impact sur le warrantage et les activités privés en général (commercialisation de niébé en 2008), et

- développer un dispositif pour mieux canaliser les subventions des bailleurs de fonds et les projets, en ce qui concerne la construction et la gestion des magasins, dans le cadre de la sécurité alimentaire et l’appui aux OP.