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Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

Poivron / Etude filière 2005

Publié le lundi 22 février 2010

Etude de l’impact de la production et de la commercialisation du poivron dans la région de Diffa au Niger.

Commission européenne - Pierre-François Prêt, Salifou Konaté, AGRIFOR Consult - Décembre 2005

45 pages et annexes, 655 Ko


Résumé

Cette étude, réalisée à la fin de l’année 2005, porte sur l’impact de la production et de la commercialisation du poivron sur les revenus des ménages de producteurs le long de la Komadougou Yobè (région de Diffa, Niger) et de son poids dans l’atteinte de la sécurité alimentaire locale. Le rapport décrit l’organisation de la filière poivron et son fonctionnement, présente la rentabilité de la culture du poivron et indique de quelle manière les revenus de la culture du poivron permettent aux producteurs d’assurer leur sécurité alimentaire.

Le poivron constitue la principale culture de rente de la région avec une production d’environ 10.000 tonnes de poivron sec par an, soit les 4/5èmes de la production nationale, représentant une valeur de 7 à 8 milliards de francs CFA (7 à 12 millions d’euros). Environ 80% de la production est absorbée par le marché nigérian. Le poivron est commercialisé à l’état sec, la vente en frais et la transformation en poudre restant marginales.

Filière, acteurs et fixation des prix

Les producteurs assurent l’offre en remboursant leurs dettes en poivron aux commerçants, et surtout en vendant leur récolte, que ce soit au bord du champ, sur les marchés ruraux, les marchés transfrontaliers ou à Diffa. Pour ce faire ils ont recours à des intermédiaires. Diffa tient lieu de marché de regroupement du poivron où les commerçants locaux achètent auprès des intermédiaires. Les commerçants disposent également de collecteurs et s’approvisionnent aussi sur les marchés ruraux. Depuis une quinzaine d’années, les commerçants de Diffa ont pris progressivement le contrôle du transport et de l’approvisionnement en poivron des grands centres urbains de Zinder, Maradi et partiellement de Niamey.

Les intermédiaires jouent un rôle spécifique dans la filière : ils garantissent la qualité du produit et sa traçabilité. Ils s’approvisionnent auprès de leur réseau de producteurs et peuvent employer des collecteurs. Certains disposent de capacités de stockage, de moyens de transport et sont de véritables commerçants ruraux qui pratiquent aussi le crédit informel. Ils assurent aussi le regroupement et l’expédition de commandes de grossistes ou de particuliers. Ils perçoivent une commission par sac vendu, toujours supportée par l’acheteur.

Une particularité de cette filière réside dans le fait que le prix intérieur du poivron est fixé en fonction des prix observés sur les marchés des grandes villes du nord du Nigeria et apparaît comme le prix d’un marché frontalier nigérian diminué des coûts d’exportation. Le procédé de fixation du prix, dont les producteurs sont exclus, est singulier : les sacs proposés à la vente sont exposés tout au long de la journée ; les acheteurs indiquent les sacs qu’ils veulent acheter et parfois procèdent à leur chargement, alors que le prix n’est pas encore fixé. Ce n’est qu’en fin de journée que commencent les négociations entre acheteurs et intermédiaires. Le prix sera fixé pour toute la semaine. Les intermédiaires sont reconnus comme défendant bien l’intérêt des producteurs, dont ils font partie le plus souvent.

Le Nigeria exerce sur la filière une influence considérable : la demande constante et importante du marché nigérian garantit l’existence d’un débouché commercial aux producteurs. Par ailleurs, les commerçants nigérians financent en grande partie la production en pratiquant le crédit de campagne informel, et rendent disponibles les intrants et les motopompes. Les flux directs sur le Nigeria à partir des zones de production le long de la Komadougou représentent plus de 60% de l’offre commerciale des producteurs, soit environ 6.000 tonnes. Les flux vers les grands centres urbains de l’intérieur représentent environ 4.000 tonnes dont la moitié est redirigée vers le Nigeria à partir de Zinder et Maradi.

Rentabilité de la culture du poivron et impact sur la sécurité alimentaire

L’analyse des comptes d’exploitation montre que l’activité est rentable pour la grande majorité des producteurs (taux de rentabilité commerciale supérieur à 33% pour plus de la moitié). Avec un ratio de valeur ajoutée élevé, supérieur à 35%, l’activité contribue à la création de richesse nationale. Trois catégories d’exploitants se dégagent en fonction du revenu net d’exploitation : plus de la moitié des enquêtés dégagent un revenu supérieur à 1.000.000 FCFA, un tiers dispose d’un revenu inférieur à 500.000 FCFA, tandis que les bénéficiaires de revenus intermédiaires sont peu nombreux. Les différences de résultat s’expliquent moins par la superficie exploitée que par les difficultés à maîtriser les charges, le rendement et les stratégies de vente. La capacité à pouvoir stocker afin de vendre quand les prix sont au plus haut quelques mois plus tard est déterminante dans le niveau du revenu d’exploitation. Les charges d’exploitation sont élevées (autour de 955.000 FCFA/ha) et concernent les engrais et pesticides (22%), la main d’œuvre (19%), le carburant et les lubrifiants (15%). L’importance des charges met en évidence les difficultés de financement auxquelles doivent faire face les producteurs et qui les contraignent à recourir au crédit informel.

Les producteurs de poivron sont également des producteurs vivriers : riz, maïs, niébé, oignon sont cultivés sous irrigation, dans diverses proportions selon les exploitants, tandis que les cultures pluviales de mil et d’arachide sont peu importantes.

Pour assurer leur sécurité alimentaire, plus de 85% des ménages enquêtés ont recours à des achats de vivres et y consacrent des montants importants (265.000 FCFA en moyenne, plus de 300.000 FCFA pour un tiers des ménages). Ces dépenses sont financées grâce aux revenus tirés du poivron. La culture du poivron apparaît bien comme un choix stratégique d’affecter les ressources disponibles à une culture de rente irriguée, sécurisée, dans un contexte où la réussite des cultures pluviales est aléatoire.

Les achats de céréales interviennent principalement lors de la pleine récolte du poivron et lors de la soudure céréalière. Les termes de l’échange poivron/mil lors de la période des récoltes (février) sont donc déterminants pour les producteurs de poivron dont le revenu est faible car ils font leurs achats de céréales à cette époque.

D’autres acteurs de la filière tirent des revenus de la production et de la commercialisation du poivron : commerçants, transporteurs, intermédiaires. Etant généralement aussi producteurs de poivron, ils dégagent généralement des revenus supérieurs à ceux des simples producteurs. Enfin, le poivron bénéficie également à d’autres métiers extérieurs à la filière (mécaniciens, maçons, etc.), aux collectivités locales et aux personnels socioreligieux.

Atouts, contraintes et axes stratégiques de développement

La filière possède plusieurs atouts dont le plus important est l’existence d’une demande constante et soutenue du marché nigérian pour un produit facile à conserver. La région possède un fort potentiel de terres irrigables dont seulement un tiers est mis en valeur et des conditions naturelles globalement favorables à la culture du poivron. Les systèmes de production, de transformation et de commercialisation présentent une marge importante d’amélioration de leurs performances.

La contrainte majeure est la difficulté d’accès au financement à laquelle font face tous les acteurs, et plus particulièrement les producteurs. La faiblesse de l’organisation des acteurs constitue un frein au développement de la filière. Des menaces importantes pèsent sur la durabilité et la rentabilité des systèmes de production en raison de pratiques culturales conduisant à un appauvrissement des sols, à une logique de baisse de la rentabilité et à des effets néfastes sur l’environnement. Enfin, l’absence de transformation réduit le pays au rôle de fournisseur de matières premières avec externalisation de la valeur ajoutée de la filière.

Le développement de la filière poivron dans la perspective d’améliorer la sécurité alimentaire des ménages de producteurs, nécessite des stratégies d’actions spécifiques axées autour de :

l’amélioration du financement de la filière (particulièrement de la production), l’accroissement des performances des acteurs et de la compétitivité de la filière, la structuration interprofessionnelle, la préservation du capital naturel de production, l’aide au développement de la transformation.