RECA

Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

Les banques céréalières du CSA-OCP de Zinder

Publié le lundi 9 décembre 2013

Réfléchir sur la pérennité des Banques Céréalières, des Groupements Féminins de Crédit et du CSA-OCP à Zinder ;

Note du RECA

Le Centre de Services d’Appui aux Organisations Coopératives et Paysannes - CSA/OCP - est connu à Zinder mais beaucoup moins dans les cercles de décisions de notre capitale. Cette coopérative de services regroupe des banques de céréales (92), des boutiques d’intrants (8) et des groupements féminins de crédit. Elle a fait réaliser une étude de réflexion sur la pérennisation de son dispositif. Nous avons rarement lu une étude aussi précise et documentée sur les résultats économiques et financiers de ce type de structure.

Il nous faut féliciter le CSA/OCP qui a proposé la mise en ligne des résultats de son étude, qui peuvent servir de références pour des analyses d’autres expériences de même type. L’auteur a fait un gros travail de présentation des résultats de l’étude sous forme de tableau et graphes permettant une bonne compréhension et une lecture facile. Un document à travailler pour tous les acteurs en appui aux banques de céréales et activités liées.

Rédaction Amza Tahirou, Février 2013 / Edition Agriterra

Agriterra a été fondée en 1997 par des organisations de membre du milieu rural des Pays-Bas et appuie les organisations paysannes dans leur lutte contre la pauvreté, avec l’enjeu des experts du monde agricole néerlandais et avec des fonds du gouvernement néerlandais.

Résumé

En l’an 2000, alors qu’un grand projet d’appui à la sécurité alimentaire (Projet BIT, financé par les Pays-Bas) dans la région de Zinder au Niger, était déjà arrivé en fin de phase, les délégués de 200 banques céréalières (BC) et groupements féminins de crédit (GFC), se réunissaient en assemblée générale constitutive du Centre de Services d’Appui aux Organisations Coopératives et Paysannes (CSA-OCP à Zinder au Niger). L’ambition de départ était alors de capitaliser les acquis techniques (animateurs, gestionnaires villageois de BC, outils pédagogiques…) laissés par le projet pour prendre en charge et autonomiser l’accompagnement technique des BC et GFC. Le CSA-OCP est dès lors une structure paysanne destinée à prester des services aux organisations paysannes de base (BC, GFC…) dans leur mise en place et accompagnement technique. Il obtint son agrément officiel d’autorisation d’exercice 1 an plus tard, soit en 2001.

Ayant démarré avec des moyens financiers modestes constitués d’un capital social de 1.500 euros (1.000.000 F.CFA), entièrement libéré par les 200 membres fondateurs et d’un budget annuel de fonctionnement de 760 euros (500.000 F.CFA) à travers les cotisations annuelles des membres, le CSA-OCP a dû miser sur le développement de partenariat pour asseoir et maintenir sa légitimé et notoriété au près des membres. Ainsi en 10 ans, avec l’appui de plusieurs partenaires techniques et financiers dont AGRITERRA depuis 2008, le CSA-OCP a pu mettre en place 100 organisations paysannes de base dont 92 banques céréalières (BC) et 8 boutiques d’intrants agricoles (BI), ce qui très appréciable.

Aujourd’hui, sur un total de 300 membres réclamé par le CSA-OCP, seuls les 100 membres arrivés après sa création sont réellement actifs. Les 200 membres fondateurs sont timides et souffrent de disfonctionnement d’ordre managérial et de leadership, de mauvaises pratiques de gestion financière et commerciale cumulées sur plusieurs années et enfin de leur membership pléthorique (400-500 membres) et de leur esprit d’assistance par les projets. A titre illustratif, seuls les membres fondateurs présentent dans leurs situations financières, des créances importantes non recouvrées et des ventes à perte sur achat allant jusqu’à 57%. Certains de ces membres fondateurs ne se rappellent même plus de leur situation de cotisation avec le CSAOCP. Ces anciennes BC appartiennent à tout un village et non à une organisation paysanne autonome bien spécifique, créant ainsi de nombreux confits et même des interférences politiciennes, d’où leur manque pour la plus part d’efficacité, d’efficience…

Pourtant, la prompte mobilisation et implication des membres actifs est visible à travers leur participation aux formations, aux cotisations ordinaires et extraordinaires, aux voyages d’échange d’expériences, à l’expérimentation des innovations technico économiques…

Plusieurs villages continuent encore de taper à la porte pour la mise en place et l’accompagnement d’une BC, BI, GFC, ce qui donne au CSA-OCP, la légitimité d’une structure dynamique et de confiance avec des très bonnes perspectives d’expansion ou de croissance en termes d’adhésion des membres. Le budget de fonctionnement du CSA-OCP est encore financé à hauteur de 75% par les partenaires financiers dont AGRITERRA principalement. Les investissements et activités sont financés à 100% par les partenaires. Cependant, les cotisations annuelles représentent 25% du budget annuel de fonctionnement, ce qui revient à interpeller le CSA-OCP sur sa productivité dans les prestations de services pour une nette amélioration des fonds propres.

Toute fois, en raisonnant réseau, on peut sans risque de se tromper, dire que le CSAOCP est une structure paysanne dynamique et émergeante avec une bonne gouvernance. Les élus et le secrétaire exécutif sont connus sur le terrain et sont très bien respectés par les membres. Les BC et GFC sont libres dans leur gestion et le CSA-OCP assure le rôle de suivi, contrôle, d’appui conseil, de formation, de mise en relation… En dix ans, le CSA-OCP a développé son réseau de part une reconnaissance et une confiance acquises au niveau des partenaires techniques et financiers. Le CSAOCP a ainsi réussi son implantation dans toutes les communes de la région de Zinder, ce qui lui donne une forte représentation sur le terrain et une diversification de ses opportunités partenariales et de membership. Cette expansion et croissance est également une opportunité de création de large cadre de concertation paysanne source de partage de riches expériences et de renforcement de capacités. Ainsi, dans un contexte géographique et climatique difficiles comme celui de la région de Zinder, fief du CSA-OCP, on peut se réjouir des performances actuelles acceptables de l’ensemble du dispositif, confirmées par de la tendance positive dégagée par l’analyse des viabilités institutionnelles, techniques, financières et sociales.

Concernant les banques céréalières (BC), on peut compter sur un fonds de roulement moyen de 3.500 euros (2.300.000 F.CFA) pour chacune des 14 BC visitées. Extrapolées aux 100 membres actifs, le réseau de BC membres du CSA-OCP cumule, un capital financier de 190.000 euros (124.640.000 F.CFA), ce qui est relativement consistant quand on connait le contexte de la pauvreté au Niger et particulièrement dans la région de Zinder. Ces banques céréalières dégagent une certaine rentabilité avec une marge brute de 20% et une marge nette pondérée de 10%. Cependant, cette rentabilité peut être nettement améliorée sur les trois ans à venir à travers :
- Une augmentation du fonds de roulement de chaque BC par les membres au moyen de cotisation en nature à la récolte ;
- Une maîtrise des charges d’exploitation à travers la participation financière ou en nature des membres au financement de ces charges annuelles ;
- Une bonne gestion des performances commerciales (bons prix d’achat et de vente, bonne stratégie d’approvisionnement immédiatement au voisinage à la récolte et en achat groupé avec les autres BC si nécessaire) ;
- Une bonne gestion financière (utilisation des fonds et bénéfices de la BC pour les activités de la BC, Compte bancaire, tenue de la comptabilité, élaboration des états financiers et présentation à l’assemblée générale, réalisation des contrôles prévus par la BC et le CSA-OCP) ;
- Un plan d’affaire pour chaque BC (maîtrise des besoins solvables en céréales et en services des membres et les stratégies de leur satisfaction…) ;
- Un développement d’activités économiques autour de la BC.

Quant aux groupements féminins de crédit (GFC), il faut comprendre qu’ils sont composés de femmes membres des BC du CSA-OCP et n’existent pas encore en tant qu’entité juridique formelle. Le processus de leur formalisation est encours et les femmes restent membres des BC et des GFC, option qui nous parait assez cohérente et solide.

Le capital de départ de chacun des GFC visités est en moyenne de 750 euros (500.000 F.CFA), constitué à partir d’une ligne de crédit affectée par la BC au GFC. Deux activités sont menées par les GFC, il s’agit de :

L’épargne : une cotisation de 100 FCFA / femme / semaine est initiée depuis le mois de novembre 2012 au niveau de tous les GFC visités. L’opération devrait s’étendre à tous les GFC membres du CSA-OCP et se poursuivre jusqu’en fin 2013 de façon à constituer un fonds consistant pour le financement des activités génératrices de revenus des femmes membres du CSA-OCP.

Le crédit : sur la base de la ligne de crédit affecté par la BC au GFC, chaque femme bénéfice de 15.000 à 20.000 FCFA de crédit sur 6 mois au taux de 1% par mois avec un remboursement infine.

Les activités économiques financées par les membres des GFC vont de l’embouche (90%) au petit commerce (7%) et à la transformation (extraction d’huile d’arachide : 3%). Ces activités dégagent une certaine rentabilité qui reste toute fois faible et précaire. Les améliorations à apporter au niveau des GFC sur les trois années à venir, sont relatives entre autres à :
- Formalisation des GFC ;
- Ouverture de compte bancaire d’épargne pour chaque GFC ;
- Elaboration de politique et procédure standard des opérations de crédit et épargne des GFC ;
- Formation des membres et élus sur le crédit et l’épargne ;
- Suivi des activités de crédit et épargne des GFC par le CSA-OCP ;
- Conseil de gestion aux femmes concernant des activités spécifiques comme l’embouche.

Une mise en relation des GFC avec une institution de micro-finance professionnelle (ASUSU) de la place par le CSA-OCP a abouti à des montants de crédit de 3.000 euros (2.000.000 F.CFA) pour chacun des 4 GFC bénéficiaire au taux d’intérêt de 2,5% / mois sur 6 mois avec remboursement infine. L’expérimentation est encours, elle fera l’objet de capitalisation et de diffusion lorsque les résultats sont concluants.

Télécharger le document, 106 page + annexes, 3,6 Mo

Ceux qui ne peuvent télécharger ce document peuvent le demander à Zinder directement au CSA/OCP ou à Niamey au RECA.

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