RECA

Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

La route de l’oignon

Publié le mardi 23 février 2010

Corridor de la route de l’oignon au Niger : les tracasseries sont légions et semblent s’ériger en règles

C’est la principale information du rapport pour le 3ème trimestre 2009 réalisé par l’Observatoire des Pratiques Anormales (OPA) sur les axes routiers, observatoire qui a été mis en place en 2005 conjointement par l’UMEOA et la CEDEAO.

Grâce à cet observatoire, la CEDEAO et l’UEMOA cherchent à améliorer la bonne gouvernance sur les axes routiers de l’Afrique de l’Ouest, en recensant les tracasseries bien connues mais anormales qui se pratiquent sur nos routes inter-états à l’encontre des camionneurs et de leurs chargements. Parmi ces tracasseries, on peut noter le nombre élevé des barrières, des délais de route allongés et surtout des perceptions illicites.

Ce rapport présente notamment les résultats de l’enquête réalisée sur la route de Madaoua, au Niger, à Bittou au Burkina, route couramment appelée la route de l’oignon. Cette enquête a été réalisée par les transporteurs et les commerçants d’oignon, sous la supervision des agents du projet d’Agribusiness and Trade Promotion (ATP).

Arrêts obligatoires

Il y a d’abord « les barrières » avec arrêt obligatoire. Au Niger, le nombre moyen de points de contrôle enregistré sur la route de l’oignon s’élève à 3 arrêts aux 100 km, avec 10 barrages de la douane par voyage, 4 barrages de la police et 2 barrages de la gendarmerie. Il ressort que la douane est plus tracassière, suivie de la gendarmerie et de la police. L’ordre constaté est le même au Burkina Faso.

Droits de passage

Les perceptions illicites sur cette route sont élevées, vraisemblablement en raison de la nature périssable des produits transportés. Ces prélèvements illicites ont atteint le seuil de 216 460 F.CFA par voyage dont 135 370 F.CFA au Niger. Sur ce montant la douane nigérienne prélève 92 283 F.CFA, soit à elle seule 68% du montant perçu par voyage. Le rapport de l’OPA souligne qu’avec ce montant le Niger bat le triste record des perceptions les plus élevées par pays au cours d’un seul voyage.

Les prélèvements illicites aux 100 km varient donc de 20 273 F.CFA au Burkina à 20 890 F.CFA au Niger. Ces taux représentent 4 fois les taux prélevés sur les autres corridors suivis par l’OPA.

Petit calcul … non donné dans le rapport : pour 100.000 tonnes d’oignons exportées en direction de l’Ouest (Ghana, Togo), et pour le seul Niger, à raison de 135 370 F.CFA de prélèvements illicites par camion, combien prélèvent donc les « personnes / structures » concernées par ces pratiques ? Nous prenons un camion de 30 tonnes. Pour 100.000 tonnes il faut 3.333 camions ce qui donnerait des prélèvements totaux de … 451 millions de F.CFA !!! Pas négligeables comme ressources. Mais ce n’est qu’un calcul hypothétique.

Néanmoins, il faut voir les choses positivement et, d’après ce rapport, le taux de ces prélèvements a été réduit au Niger de 13 % par rapport au 2ème trimestre 2009, contre de 2,4% de réduction pour le pays des hommes intègres. Un effort que l’on espère durable…

Le rapport souligne donc la baisse des tracasseries enregistrées sur la route de l’oignon à la suite des campagnes de sensibilisation et de plaidoyers entreprises par l’OPA et ses partenaires, mais aussi par la volonté des autorités politiques pour résoudre ce phénomène qui gangrène les économies de la sous région. C’est pourquoi, une plus grande volonté politique s’avère nécessaire pour pallier ce mal de l’intégration économique régionale, d’autant plus que ces prélèvements se font en réalité au détriment des producteurs. En effet ces « frais » sont le plus souvent « reportés » sur le prix d’achat aux producteurs.

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