RECA

Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

Fil. poivron Diffa

Publié le mardi 23 février 2010

Etude sur les filières et les systèmes de production de la Komadougou

Projet d’Appui aux Producteurs Agricoles de la Komadougou - ONG Karkara, République Niger, Coopération danoise - Dominique Hérault - Avril 2004 - 70 pages et annexes - 1 MKo


Synthèse

L’analyse de la filière de commercialisation du poivron a démontré qu’elle est très structurée, des villages aux marchés locaux, régionaux et de destination, et que les producteurs ne sont pas en situation défavorable sur les marchés où ils peuvent avoir une certaine force dans la fixation des cours par l’intermédiaire des dil’alé. Il y a des alternatives entre la commercialisation sur les circuits du Nigéria et ceux du Niger. Les prix de vente peuvent être rémunérateurs, mais sont aussi très fluctuants.

L’analyse de la filière d’approvisionnement en intrants a démontré qu’il y a des possibilités d’accès aux engrais et produits phytosanitaires au niveau de tous les marchés frontaliers du Nigéria, à partir de deux sociétés importantes basées à Maïduguri. A Diffa, il y a principalement un fournisseur agréé qui a développé de vraies capacités commerciales. Une certaine garantie sur la qualité des intrants peut être assurée. Les prix sont aussi très variables et défavorables compte tenu des marges de certains fournisseurs.

Par contre le facteur critique principal pour la valorisation du poivron (et probablement d’autres cultures de rente) est dans le lien entre la fourniture d’intrants à crédit sur les récoltes par les commerçants et la commercialisation. La majorité des sacs de poivron séchés sont vendus au niveau des villages, ou même des champs, aux commerçants qui ont vendu des intrants à crédit sur la récolte. En pré finançant la production, les commerçants financent leur propre activité économique de commercialisation du poivron.

La question centrale est donc plus celle du financement des charges de production du poivron (travaux et intrants) à crédit que celle de la commercialisation.

La vente des intrants à crédit aux producteurs par les commerçants peut aussi être analysée comme un service qui a un coût.

L’analyse de ce coût en termes de taux d’intérêt permettrait de la comparer à l’accès au crédit de la Mutuelle N’Gada. Ce point n’a pas pu être vraiment approfondi pendant la mission, toutefois il apparaît majoritairement que ce crédit est fait en valeur (en référence à un prix pour les engrais).

Les chiffres dont nous avons pu disposer donnent un taux d’intérêt de 15% sur huit mois ; à comparer au taux du crédit de la Mutuelle de 18% l’an, soit 12% sur huit mois mais avec les contraintes ci-dessous notées par les producteurs. C’est l’enregistrement des prix de l’engrais acheté sur les marchés directement par les producteurs et les prix de vente à crédit au village ou au marché qui permettrait d’analyser le coût du crédit d’intrants par les commerçants. Des exploitants enquêtés ont formulé des réserves quant aux modalités d’octroi et de remboursement (délai, stockage des sacs, échéance unique) du crédit de campagne par la Mutuelle N’Gada.


Les dil’alé, courtiers du poivron et garants des transactions- extrait de l’étude

Les dil’alé occupent une position déterminante dans la commercialisation du poivron (et des autres productions agricoles). Ils interviennent aux trois niveaux de transactions de la filière, les villages, les marchés locaux et régionaux, les marchés de destination.

Au niveau de villages ils assument une fonction de négociation sur les prix et de garant pour les transactions entre les producteurs et les commerçants acheteurs ou leurs intermédiaires. Ils peuvent témoigner en cas de litiges sur la vente et les prix. Ils garantissent aussi la qualité du poivron dans les sacs. Ils sont aussi mandatés par les producteurs villageois pour aller vendre le poivron sur les marchés. Ils partent avec les sacs et négocient la vente sur les marchés au nom des exploitants. Le transport est à la charge du producteur.

Dans les deux cas c’est l’acheteur, au village ou au marché, qui rétribue l’intervention du dil’ali. Le dil’ali reçoit 50 naira par sac au village et 100 naira par sac au marché. Sur le marché de Diffa, ils sont à l’interface des vendeurs (producteurs principalement mais aussi particuliers qui ont stocké du poivron) et des commerçants qui achètent. Le déroulement des négociations sur le cours du poivron à Diffa le jour du marché montre assez clairement que les dil’alé négocient pour les producteurs face aux commerçants et d’autant plus qu’ils garantissent la qualité de la marchandise et sont très informés sur les prix. Leur rémunération est fixe, 100 naira au sac. C’est l’acheteur qui paie la rémunération du dil’ali. Suivant les marchés le cours du poivron est fixé y compris la rémunération du dil’ali ou non compris cette rémunération.

A titre d’exemple A.K.A.B. a joué son rôle de dil’ali pour 1000 sacs depuis cette période de commercialisation. G.B. a joué son rôle de dil’ali pour 950 sacs sur les trois derniers marchés de Diffa. Ces transactions représentent une valeur de 2 450 000 naira (9 800 000 Fcfa). Il a reçu 100 naira par sac mais à payer la taxe communale de 100 Fcfa (25 naira) et la manutention pour 5 naira par sac. Il lui reste donc 70 naira par sac ou 280 Fcfa. Sur 9 800 000 Fcfa de transaction il a reçu 266 000 Fcfa, soit 2,7%.

On notera que des dil’alé sont impliqués comme intermédiaires pour des commerçants qui leur confient de l’argent pour l’achat dans les villages, que certains sont aussi intermédiaires pour l’achat d’engrais à crédit par des exploitants auprès de commerçants. Ils jouent aussi le rôle de garant dans ces opérations.

Quelques-uns uns ont une activité commerciale de revente des sacs de jute pour des commerçants dans les villages avec une marge de 10 naira par sac.

Au niveau des marchés de destination les commerçants confient toujours leur marchandise à des intermédiaires dil’alé pour la vente. A ce stade il s’agit de transactions de commerçants à commerçants. La rémunération des dil’alé est faite par l’acheteur.

Les dil’alé sont bien des courtiers en produits agricoles et des garants sur les transactions au niveau des villages, des marchés intermédiaires où des quantités importantes de marchandises s’échangent et au niveau des marchés de destination. Leur rôle est déterminant dans la formation des prix et la fixation des cours.

Pour les producteurs, c’est par eux que passe l’accès direct aux marchés pour échapper en partie à la pression exercée aux villages par les commerçants et leurs intermédiaires.