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Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

Elevage au Sahel : forts enjeux, faibles soutiens

Publié le samedi 18 avril 2015

Le paradoxe de l’élevage au Sahel : forts enjeux, faibles soutiens.

Bulletin de synthèse souveraineté alimentaire – Avril 2015.

Les grands pays d’élevage du Sahel (comme le Niger, le Mali ou le Burkina Faso) soutiennent très peu le secteur de l’élevage, en proportion du budget général de l’Etat et des soutiens accordés à l’agriculture végétale. C’est le constat unanime que portent les analystes, depuis la Banque mondiale à la FAO, en passant par les organisations d’éleveurs et… les ministères de l’Elevage de ces pays eux-mêmes.

C’est surprenant dans ces pays qu’on présente pourtant comme des bons élèves dans le respect des engagements de Maputo (engagement des Etats africains à dédier 10% du budget national à l’agriculture, élevage compris). C’est surtout étonnant dans des « pays à vocation agropastorale » pour lesquels les filières animales sont considérées par tous comme stratégiques, porteuses ou prioritaires. Enfin il y a lieu de se demander pourquoi les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) n’investissent pas davantage sur ces filières sensibles qui, selon les politiques adoptées, pourraient devenir soit un socle de l’intégration régionale soit une sérieuse pomme de discorde.

Cette synthèse, réalisée en partenariat avec l’Association pour la promotion de l’élevage en Savane et au Sahel (Apess), se base principalement sur des données récoltées dans 4 pays : Burkina Faso, Mali, Niger, Sénégal.

I. L’élevage au Sahel : de forts enjeux économiques et sociaux
- A. Une forte tradition de l’élevage pastoral au Sahel

  • Populations d’éleveurs, populations d’agriculteurs.
  • Des modes de production qui évoluent.
    - B. Des filières élevage, et en particulier bétail, qui pèsent lourd dans l’économie
  • Entre 1/3 et la moitié du PIB agricole : l’élevage est une activité de premier plan…
  • Le bétail, un des principaux postes d’exportation des pays du Sahel vers les pays côtiers.
  • Un cheptel en forte croissance, malgré les crises à répétition
    - C. Des filières soumises à rude épreuve
  • Des conditions de production qui se dégradent pour les pasteurs.
  • Une offre qui ne suit pas la demande.
  • Le défi des viandes blanches.
  • Le « cercle vicieux » du lait.
  • Des politiques de l’élevage préoccupantes dans les pays côtiers.

II. De faibles soutiens publics pour l’élevage
- A. Les pays du Sahel « champions de Maputo » ?

  • Les pays du Sahel respectent les engagements de Maputo.
  • Mais ils ne respectent pas les recommandations de l’UA-BIRA concernant l’élevage.

En 2005, les ministres responsables des ressources animales de l’Union africaine ont précisé que 30% de cette part allouée à l’agriculture devrait être réservée spécifiquement à l’élevage, ce qui revient à dire que 3,33% du budget national devrait être alloué à l’élevage. C’est l’UA-BIRA (Bureau Interafricain des Ressources Animales lié à l’Union africaine) et les institutions régionales qui sont chargées de suivre la mise en application de cette décision.

  • L’aide internationale constitue la grande majorité des budgets agricoles, et revient peu à l’élevage.

- B. L’élevage est la « dernière roue du carrosse »

  • L’élevage reçoit en moyenne 10% des dépenses agricoles.

Autrement dit, l’effort public en direction de l’élevage dans les pays sahéliens tourne autour des 1% du budget national sur la période considérée. La faiblesse de l’investissement dans l’élevage confirme un relatif désintérêt des autorités pour ce secteur relégué au second plan des politiques agricoles, l’accent étant mis sur les cultures végétales d’exportation (arachide, coton), ou plus récemment, vivrières (riz).

  • Un déséquilibre en faveur des productions végétales d’exportation.
  • Les éleveurs liés à la tradition délaissés
    - C. Au-delà de la quantité : où va l’argent ?
  • Des politiques de promotion de l’élevage dit « moderne ».

Les différentes politiques restent majoritairement axées sur la promotion des techniques de production dites (semi) intensives (insémination artificielle, stabulation, etc.). L’accent est généralement mis sur la santé animale (via la privatisation des services vétérinaires) et l’amélioration génétique. De nombreux gouvernements incitent au développement de « fermes modernes » en bordure des villes. On note cependant l’affirmation de projets qui s’intéressent à l’aval et à la transformation, en particulier dans la filière lait.

  • Les éleveurs liés à la tradition délaissés.

III. Les choses commencent à changer… lentement

  • La part des dépenses consacrées à l’élevage tend à augmenter.
  • Des avancées législatives en faveur des pasteurs.

La Mauritanie, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont adopté une loi sécurisant le pastoralisme au cours des dix dernières années. Cependant la législation pastorale reste généralement insuffisamment connue, respectée et appliquée Les ministères de l’élevage cherchent à développer un plaidoyer pour le secteur.

Pourquoi si peu de soutiens ? Des préjugés bien ancrés…

Les raisons de ce paradoxe entre un secteur élevage à forts enjeux et les (relativement) faibles soutiens publics sont nombreuses. L’une d’entre elle se situe du côté de la stigmatisation des pasteurs. Depuis longtemps dans les pays du Sahel, les élites au pouvoir se sont méfiées des éleveurs, en particulier des éleveurs transhumants. On les considérait déjà pendant la colonisation comme des populations incontrôlables parce que mobiles, indisciplinées et privilégiées.

En effet encore aujourd’hui, pour beaucoup de décideurs, les éleveurs sont considérés comme des populations nanties, que la possession d’un cheptel place hors du danger de la faim. Ils ignorent en cela la vulnérabilité particulière des éleveurs aux aléas climatiques et la différentiation croissante entre une population de petits éleveurs précaires aux côtés de grands éleveurs « nantis » ; dans les régions sahéliennes « 15% des ménages peuvent posséder à eux seuls environ 47% des terres cultivées, 54% du cheptel petit ruminant et 70% du gros cheptel » selon l’expert Seidou Bakari (2013).

« L’élevage c’est l’affaire des peuls ! » L’assimilation d’un mode de production pastoral ou agropastoral à une catégorie ethnique, souvent stigmatisée est également monnaie courante. Elle méconnaît aussi la réalité du monde de l’élevage : si les bergers appartiennent souvent à la communauté peul, la propriété du bétail, y compris du bétail transhumant est beaucoup moins identifiable, et touche la quasi-totalité des groupes ethniques.

De nombreux acteurs font également la confusion entre l’élevage et la transhumance. Il est vrai que le pastoralisme reste le mode de production de l’élevage dominant. Mais il évolue fortement et rapidement. De plus en plus de pasteurs deviennent des agro-pasteurs. De plus en plus d’agriculteurs deviennent des agro éleveurs. Les obstacles à la transhumance se multiplient et la contraignent à évoluer également.

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