RECA

Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

Les CUMA au Bénin

Publié le samedi 23 mai 2015

Les coopératives d’utilisation de matériel agricole du Bénin (CUMA) / Une expérience originale de mécanisation partagée en Afrique.

Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (FARM) / Avril 2015.

Introduction du RECA : On entend parler de « tracteurs » quand le sujet de la modernisation de l’agriculture est abordé ou quand il y a des distributions de matériel. Par contre la réflexion à partir de « vrais résultats » sur l’utilisation des tracteurs, de bilans d’utilisation, d’effets de la mécanisation est beaucoup plus rare… faute de suivi et de capitalisation.

C’est pourquoi, le RECA a pensé que cette étude sur le fonctionnement et les résultats des coopératives d’utilisation de matériel agricole du Bénin méritait d’être partagée car ce type de document n’est pas courant.

Extraits de l’étude : Seulement 2 % de la population active agricole mondiale dispose d’un tracteur. En Afrique subsaharienne, depuis plusieurs décennies, les résultats des programmes de mécanisation de l’agriculture familiale sont mitigés : l’utilisation de la traction animale continue de se développer dans les zones favorables (cotonnières, arachidières, rizicoles), les effectifs de matériels motorisés à poste fixe de pompage, de battage et de transformation sont en augmentation, tandis que les effectifs de tracteurs et de motoculteurs, déjà peu élevés, stagnent. C’est pourquoi, aujourd’hui, l’énergie agricole demeure fournie par l’homme à 65 %, l’animal à 25 % et la mécanique à 10 %, alors que dans les autres pays en développement, la répartition est respectivement la suivante : 25 – 25 – 50.

Le profil des Cuma et de leurs membres

Dans les départements du Borgou et de l’Alibori (Nord Bénin), une coopérative d’utilisation de matériel agricole (Cuma) est constituée d’une dizaine d’agriculteurs en moyenne rassemblés autour de l’achat et de la gestion d’un tracteur d’une puissance de 30 à 70 CV, d’une charrue à disques et d’une remorque de trois tonnes.

Aujourd’hui, 102 Cuma sont recensées au Bénin, regroupant environ 850 producteurs. Cependant toutes ces Cuma ne sont pas encore équipées en matériel motorisé : seules 57 Cuma le sont, soit 56 % d’entre elles, et elles labourent environ 4.000 hectares chaque année (données avril 2014). Les Cuma non encore équipées sont au stade de recherche de leur équipement en raison des difficultés d’acquisition de matériel motorisé au Bénin.

L’objectif premier que se donnent les groupes ayant créé une Cima porte sur la motorisation du labour, avec en complément, les activités de transport en période de récolte. En moyenne, une Cuma couvre environ 100 hectares par tracteur pour le labour.

Chaque membre contribue aux charges d’exploitation du matériel, proportionnellement à son utilisation. Le montant de l’apport en capital de chaque membre à la Cuma est fonction de ses superficies travaillées. Après des expériences de financement à crédit peu concluantes, les agriculteurs réunissent désormais eux-mêmes la totalité du capital nécessaire pour acheter les équipements.

Au final, le prix facturé est très variable, soit de 12 000 FCFA/ha à 30 000 FCFA/ha. Quand les Cuma anticipent le coût des réparations « imprévues », ce qui est relativement rare, elles optent pour un alignement du prix sur celui des prestations privées de labour (30 000 FCFA/ha dans les régions étudiées). Mais beaucoup de Cuma réalisent des prestations de labour chez des agriculteurs non membres du groupement (9 Cuma sur 12 Cuma équipées enquêtées), et utilisent ces revenus pour diminuer les coûts supportés par les membres

Méthodologie pour le calcul du prix de revient.

La méthode a pris comme modèle une Cuma disposant d’un tracteur de 60 CV, une charrue à disques et une remorque. Le tracteur laboure 110 hectares par an.
- Par souci de simplification, les calculs sont effectués en tenant compte seulement des opérations de labour – et non du transport. Le montant des charges fixes est donc légèrement surestimé dans nos calculs.
- Les coûts des réparations sont très différents selon les années. Il est estimé qu’une réparation coûteuse est réalisée tous les 3 ans.
- L’amortissement est calculé à partir d’une durée de vie de 5 ans, en considérant le prix de revente égal à 25 % du prix d’achat.
- Les frais variables et les frais fixes sont donc additionnés puis divisés par le nombre d’hectares labourés par campagne pour obtenir le prix de revient prévisionnel par hectare.
- Le prix facturé aux adhérents prend seulement en compte les charges variables excepté les réparations « imprévues ».

Les Cuma béninoises : une initiative des agriculteurs inscrite dans un partenariat entre mouvements coopératifs.

En France, les agriculteurs ont développé les Cuma dans la période d’après-guerre pour accéder plus facilement à la mécanisation, augmenter la production agricole et contribuer ainsi à l’effort national pour l’autosuffisance alimentaire du pays. Mais au-delà de ces considérations, s’engager dans les Cuma était aussi le moyen pour les agriculteurs de défendre un choix de société rurale : maintenir les exploitations familiales et enrayer l’exode rural.

Dans un contexte socio-économique et institutionnel radicalement différent, les agriculteurs familiaux béninois membres des Cuma suivent le même objectif d’accès à la motorisation pour accroître la productivité agricole.

Que ce soit en France ou au Bénin, l’organisation en Cuma est basée sur l’organisation volontaire de petits groupes solidaires d’agriculteurs qui investissent en commun dans les équipements, s’organisent collectivement pour les utiliser sur leurs exploitations et se structurent en réseau pour la formation, la représentation et les échanges de pratiques. Ainsi, être dans une Cuma est plus que partager des équipements, c’est s’engager pour plus de solidarité en agriculture.

Le développement des coopératives en Afrique a été marqué de très nombreux échecs. Depuis environ deux décennies, une nouvelle génération de coopératives a émergé. Le mouvement des Cuma au Bénin illustre cette profonde rupture. La création de la Cuma est une réponse à des problèmes techniques, économiques et sociaux, identifiés par les agriculteurs eux mêmes : réaliser plus rapidement les opérations culturales sur une très courte période et au bon moment pour assurer des rendements élevés, augmenter les productions agricoles et les revenus, envoyer les enfants à l’école plutôt que les faire travailler au champ. Les enquêtes montrent aussi que face à ces problèmes, la solution coopérative adoptée résulte le plus souvent d’un échange d’idées entre agriculteurs.

1997, village d’Ina – nord du Bénin. Des agriculteurs béninois acquièrent un tracteur et créent une première Coopérative d’utilisation de matériel agricole (Cuma) avec le soutien du mouvement des Cuma du département de la Dordogne en France, dans le cadre d’un projet de l’association Agriculteurs français et développement international (Afdi). Depuis, les agriculteurs béninois multiplient progressivement ces formes coopératives. Aujourd’hui, une centaine de Cuma béninoises regroupe environ 850 membres.

Pour évaluer les acquis du développement de la motorisation partagée au Bénin et identifier les orientations à impulser pour améliorer leur développement, l’Union nationale des Cuma au Bénin et l’association Cuma Bénin ont souhaité porter un regard extérieur sur leur expérience. Cette étude reprend en grande partie le travail d’une étudiante de Master 2 à l’Institut des régions chaudes de Montpellier SupAgro.

Cliquer ici Pour télécharger l’intégralité de l’étude sur le site de FARM, 80 pages, 3,1 Mo, cliquer à droite :

Si vous ne pouvez télécharger ce document, vous pouvez également l’obtenir en version électronique au RECA.