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Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

Warrantage au Niger

Publié le dimanche 1er novembre 2015

Etude de cas du warrantage au Niger (septembre 2014)

Cette note présente une partie d’un rapport préparé par Matteo Cortese & Jonathan Coulter (les auteurs) à la demande de l’Agence Française de Développement (AFD), du Centre Technique de coopération Agricole et rural ACP-UE (CTA) et du Fond International pour le Développement Agricole (FIDA). Le contenu du rapport n’engage que les auteurs.

- La première partie de cette note reprend le résumé du rapport sur le Niger (3 pages) pour le lecteur ne disposant que peu de temps.
- Par contre, pour les personnes concernées par les activités de warrantage, la seconde partie, qui reprend une grande partie du rapport, apporte de nombreuses informations tant sur l’expérience des organisations paysannes que sur l’implication des institutions financières au Niger.

Le warrantage communautaire

Ce produit a été développé au Niger à partir de la fin des années ’90 par la FAO dans le cadre du « Projet Intrants ». Il s’agit d’un système dans lequel un groupement de producteurs et/ou productrices stocke et met en garantie la récolte de ses membres et contracte un prêt auprès d’une IMF, sécurisé avec un mécanisme de double cadenas.

Au fil des années ce système, adapté au milieu rural du Niger, a eu une expansion importante dans la sous-région. Le warrantage vise comme objectif principal la gestion optimale des productions agricoles par les populations rurales, avec par conséquence une amélioration du « cash flow » du petit producteur. L’outil permet aux producteurs de ne pas brader leur récolte, de faire face à leurs obligations sociales et financières et/ou de mener des activités génératrices de revenu (AGR).

Du point de vue du modèle de gestion, le crédit warrantage peut être octroyé directement à un groupement de base qui possède un magasin, ou passer à travers des OP de 2ème ou 3ème niveau qui regroupent plusieurs groupements/coopératives de base. Dans ce dernier cas, on retrouve un modèle de warrantage communautaire centralisé par une OP (qui dans certains cas peut aussi détenir la clé de l’IMF, qui lui délègue en grande partie la phase du monitorage). Dans le cas classique où l’IMF négocie directement avec l’OP de base et fait elle-même le monitorage régulier du stock, on peut parler d’un modèle de warrantage communautaire décentralisé.

Pour ce qui concerne l’évolution du warrantage communautaire au Niger, le volume estimé de crédit warrantage était à 600 millions FCFA en 2009, avec une dizaine de SFD et environ 125 OP impliqués. Cependant, la quantité totale des stocks warrantés, estimée à 5.000 T, représentait seulement le 0,15% de la production nationale (estimée à 3.200.000 tonnes).

En ce qui concerne les institutions financières, trois « IMF de crédits directs » (Taanadi, Asusu et SICR Kokari), qui se refinançaient auprès des banques commerciales, sont arrivées à dominer les encours, ayant pris le relai aux IMF mutuelles en difficultés.

Sur la période 2009-2014, les données disponibles ne permettent pas d’avoir une photographie claire de la situation. Néanmoins, les informations collectées sur le terrain et à distance dans le cadre de la présente étude donnent l’impression que la croissance du mécanisme ait stagnée depuis la fin de l’appui de la FAO avec le Projet Intrants (en 2008) . D’un côté les difficultés liées à des mauvaises campagnes agricoles dans les dernières années, et de l’autre coté la rigidité du système de double cadenas (qui retarde souvent l’octroi du crédit pour les producteurs/productrices), semble avoir en quelque sorte freiné l’évolution attendue du crédit warrantage au Niger.

Un des exemples le plus dynamique du modèle de warrantage centralisé était en 2009 celui de la Fédération des Unions des Groupements Paysans du Niger (FUGPN) Mooriben, qui totalisait à la campagne 2008/2009 plus de 88.000.000 FCFA de crédit warrantage pour ses membres.

Toutefois, après une chute du montant octroyé au cours de la campagne 2009/2010, les Unions de Mooriben ont abandonné au fur et à mesure le warrantage, dû à plusieurs facteurs : mauvaises campagnes agricoles qui ont diminué la disponibilité des stocks à warranter, difficultés liés au retard dans l’octroi du crédit (dû en grande partie au mécanisme de double cadenas), besoin de financement aussi en début de la campagne agricole, négociation d’un crédit à des conditions très favorables avec une banque agricole étatique (la BAGRI) et surtout, des fonds propres qui servaient à garantir le produit sans besoin de nantir le produit. En effet, les Unions de Mooriben, vu la possibilité, ont préféré passer à un crédit commercialisation (un crédit pour l’achat des produits agricoles, avec une vente différée), car ce type de crédit a été retenu comme plus simple à gérer. Il a l’avantage de faciliter l’accès au crédit des producteurs (qui reçoivent la liquidité dès qu’ils déposent leurs sacs au magasin).

D’une façon générale, on peut retenir que le warrantage communautaire a des éléments forts de durabilité : l’appropriation locale, des fortes pressions des pairs (implicite, quand il n’y a pas une caution solidaire explicite), une relation forte de responsabilité avec le prêteur, la gestion décentralisée non dépendante des cadres légaux et des institution régulatrices (qui ne marche pas souvent) et de la non exigence de tiers détenteurs coûteux ou la couverture d’assurance (la plupart des risques peuvent être couverts par des garanties mutuelles entre les membres, ou entre les OP).

Aussi, quand il est effectué à des fins de sécurité alimentaire il a des fortes externalités positives, en retenant des stocks dans des zones rurales et en rendant la population plus résistante (résiliente) face à des crises. Dans ce sens, le warrantage a dépassé les banques de céréales en efficacité.

De l’autre côté, certaines aspects amoindrissent sa durabilité, notamment : l’inflexibilité du produit warrantage (un calendrier avec de dates fixes pour le stockage, l’emprunt et le remboursement, en grande partie une conséquence inévitable du modèle) ; le manque de SFD mutuelles efficaces présentes dans la zone où les producteurs vivent ; sa dépendance au support extérieur pour la construction des entrepôts ; ses exigences pour des apports formatifs continus et durables ; les actions gouvernementales qui renversent les principes de base du marché et causent que des déposants perdent de l’argent (un problème répété à cause de la mise sur le marché de stocks de produits vivriers subventionnés par le gouvernement) ; les petits producteurs ont une capacité limité de « jouer sur le marché » (play the market), comparé à d’autres acteurs.

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