RECA

Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

Mineuse de l’épi /Lutte biologique

Publié le dimanche 8 octobre 2017

Gestion de la chenille mineuse de l’épi du mil par des lâchers du parasitoïde Habrobracon hebetor Say au Niger

Rédaction : Laouali Amadou (INRAN/CERRA Maradi), Ibrahim B. Baoua (Université DanDicko Dankoulodo de Maradi), Malick N. Ba (ICRISAT/Niger), Bettina Haussmann (University of Hohenheim), Mariama Altiné (PPAAO/WAAPP/Niger)

Le mil est la principale céréale cultivée au Niger. Il est utilisé par 97% des ménages et représente 23% de la consommation alimentaire. Malheureusement cette culture est confrontée depuis les grandes sécheresses des années 1974 aux attaques des ravageurs dont la chenille mineuse de l’épi de mil (Heliocheilus albipunctella), un des principaux ravageurs du mil au Niger. Les dégâts provoqués par la mineuse sont principalement des mines et des galeries sur l’épi de mil. Cette chenille est capable de causer des pertes de rendement en grain de 60%.

Problématiques dans la lutte contre la mineuse de l’épi

Au Niger, la protection de certaines cultures comme le mil est considérée comme un service public qui doit prendre en charge tous les problèmes phytosanitaires des producteurs. Ce sont chaque année de grosse quantité de pesticides chimiques qui sont utilisées contre les ravageurs d’importances alimentaires et économiques comme la mineuse de l’épi de mil. Cependant, cette onéreuse méthode bien qu’efficace présente des risques énormes sur la santé de l’homme et sur l’environnement. Malheureusement ces dernières années, la raréfaction des ressources des l’État et le désengagement des partenaires financiers impliqués dans la lutte chimique limitent les moyens de lutte contre cette chenille qui continue encore de causer des dégâts importants. Pour cela des méthodes dites alternatives moins chères adaptées aux conditions ont été élaborées.

Quelles méthodes alternatives contre la mineuse de l’épi ?

En 2015 et 2016, une démarche de lutte biologique de grande envergure a été initiée par des lâchers du parasitoïde antagoniste Habrobracon hebetor dans cinq régions du Niger. L’originalité de cette étude est la participation de plusieurs équipes incluant les organisations de producteurs. Celles-ci ont jouées un grand rôle dans la sensibilisation des agriculteurs, l’identification des zones d’infestation du ravageur et la mise en place de 9177 sacs de lâcher.

Les régions touchées par l’étude

Les cinq régions concernées par cette étude sont : Dosso, Maradi, Tahoua, Tillabéri et Zinder. Les surfaces couvertes ont été estimées à 1 417 680 ha en 2015 et 1 521 330 ha en 2016 soit 21% des surfaces en mil dans les régions concernées. Les évaluations menées au cours des deux années ont permis de noter une augmentation des taux de parasitisme de la chenille mineuse de 168 à 1398% dans les villages de lâcher par rapport aux villages témoins. L’enquête sur la perception de l’application de cette méthode alternative simple, moins couteuse et adaptée aux conditions rurales nigériennes a été menée auprès même des bénéficières. Celle-ci a révélé :

- un renforcement de capacités des acteurs ;
- une bonne maîtrise de la technologie de la part de 77% des producteurs ;
- un taux de satisfaction de 77% des répondants ;
- la mortalité moyenne des larves du ravageur est estimée à 76% ;
- une possibilité de mise en place d’un système d’alerte précoce ;
- une augmentation du rendement en gains du mil de 50%.

Conclusion

La démarche participative développée au cours des deux années de l’étude a permis, d’une part, une lutte préventive contre la mineuse de l’épi et d’autre part encouragé la promotion d’une méthode biologique permettant de limiter les pertes causées par le ravageur et augmenter la production du mil. L’utilisation de cette méthode émergeante appliquée dans beaucoup de pays en Afrique Sub-saharienne s’inscrit dans la logique de la promotion de la lutte intégrée. Elle permet de réduire l’usage des pesticides chimiques tout en contribuant à l’intensification durable de la production agricole.

Télécharger les résultats de l’étude, 7 pages, 4,3 Mo.

Répondre à cet article