RECA

Réseau National des Chambres d'Agriculture du Niger

 

L’élevage mobile dans la région de Zinder

Publié le lundi 2 février 2015

L’élevage mobile dans la région de Zinder : une recherche socio-anthropologique.

Rapport de synthèse / Etudes et Travaux n°112 / Novembre 2014

Jean-Pierre OLIVIER de SARDAN , avec : Malam Souley Bassirou, Sambo Bodé, Abdoua Elhadji Dagobi, Nana Aïchatou Issaley, Abdoulaye Mohamadou.

Le LASDEL (Laboratoire d’études et de recherches sur les dynamiques sociales et le développement local) est un centre de recherche en sciences sociales implanté au Niger et au Bénin), dont les principaux axes de travail portent sur la délivrance des services publics, la mise en œuvre des politiques publiques et les interactions avec les usagers (santé, hydraulique, pastoralisme, éducation, justice, etc.), les pouvoirs locaux et la décentralisation, et l’intervention des institutions de développement. Le LASDEL recourt à des méthodes qualitatives fondées sur les enquêtes de terrain approfondies.

Introduction

Le programme de recherche du LASDEL sur l’élevage mobile dans la région de Zinder concernait deux axes largement imbriqués :
- Les pratiques et stratégies des éleveurs mobiles, concernant leurs activités pastorales au premier chef, mais aussi leurs relations avec les autres éleveurs et les agriculteurs, leurs rapports avec les communes, les services de l’Etat et les projets, ainsi que leurs capacités d’action collective (cf. le « dangol », autrement dit le boycott des marchés par les éleveurs peuls)
- Les modes d’interventions institutionnels dans le domaine de l’élevage et les différents formes de « politique locale de l’élevage », quel que soient les intervenants (communes, services techniques, administration de commandement, commissions foncières et code rural, projets – dont le PSSP bien sûr -, et associations d’appui au secteur pastoral)

Un enjeu central est évidemment apparu au sein de ces deux axes : l’accès à l’eau et aux pâturages. Sécurisation de l’accès à l’eau et sécurisation foncière sont en effet indissociables et apparaissent comme indispensables dans un contexte où les profonds changements apparus ces dernières décennies constituent autant de menaces pour les éleveurs mobiles : marchandisation croissante de l’eau, privatisation de fait des puits, appropriation des espaces par le marquage agricole, réduction des couloirs de passage et des aires de pâturages.

Ce rapport de synthèse sera composé de deux parties.
- La première est consacrée à l’élevage mobile lui-même, et traite de la mobilité, des points d’eau et des relations entre éleveurs/agriculteurs.
- La seconde porte sur les acteurs institutionnels intervenant sur l’élevage mobile, à savoir les communes, les commissions foncières, les chefferies, les services de l’élevage et le PSSP.

L’élevage mobile / Mobilité

On peut semble-t-il assez vite se mettre d’accord sur ce postulat, qui est aussi au centre de la démarche du PSSP : l’élevage mobile est un système de production particulièrement complexe, s’adaptant avec une grande souplesse aux changements météorologiques, hydrologiques, écologiques, économiques et sociaux.

Les stéréotypes volontiers plaqués sur lui (archaïque, contemplatif, destructeur de l’environnement, etc.) ne résistent pas à l’examen. Les résultats obtenus à ce niveau convergent, et confirment le postulat. Le PSSP a ainsi réalisé dans un document de capitalisation une typologie très détaillée des diverses formes de mobilité dans la région de Zinder (PSSP, 2009).

Dans leurs rapports, Bodé a analysé de façon approfondie les modes de transhumance adoptés par les pasteurs Suudu Suka’el, et Malam Souley et Mohamadou ont étudié les stratégies des éleveurs face à l’approvisionnement en eau.

On connait donc désormais assez bien, pour la région de Zinder, les principales caractéristiques du système de production pastoral basé sur la mobilité : les itinéraires de transhumance, leurs amplitudes et leurs variantes ; les dispositifs pratiques de mise en oeuvre de la mobilité (éclaireurs, alliances avec les sédentaires, solutions alternatives ou extrêmes) ; les options disponibles selon les saisons (hivernage, saison froide, saison chaude) et les zones (pastorales, agro-pastorales et agricoles) ; les nombreux problèmes liées aux puits et aux pâturages ; les types de sélection génétique ; les choix économiques et le rôle central des marchés ; les relations avec les terroirs d’attache et les stratégies foncières ; la diversité, la variabilité et l’emboîtement des formes d’organisation sociale, de regroupement et de dispersion ; les modes de prise de décision ; le rôle des relations de « confiance » (amaana)… Nous ne développerons donc pas ces thèmes dans la présente synthèse. On peut renvoyer aux rapports du programme.

Sommaire

Introduction
- Rappel de la problématique
- L’équipe du programme

L’élevage mobile
- Mobilité
- Les points d’eau
- Les conflits et contradictions entre agriculteurs et éleveurs
- Les acteurs institutionnels

  • Les communes
  • Les COFO
  • Les chefferies
  • Les associations pastorales
  • Les services de l’élevage
  • Les incertitudes du rapport à l’Etat : l’Etat répressif, l’Etat racketteur, l’Etat clientéliste et l’Etat absent
  • Le PSSP

Conclusion : les stratégies des éleveurs mobiles face aux intervenants
- Stratégie permanente 1 : le retrait et la dissimulation
- Stratégie permanente 2 : le paiement
- Stratégie permanente 3 : le patronage
- Stratégie occasionnelle 1 : l’assistancialisme
- Stratégie occasionnelle 2 : l’action collective, le dangol

Pour lire le document cliquer ici Télécharger le document sur le site du LASDEL, 28 pages, 795 Ko.

1 Message

  • Commentaire du RECA

    Deux erreurs se sont glissées dans ce rapport par ailleurs très intéressant.

    1) Page 7 : « Avec le code rural, depuis la fin des années 90, ce sont les commissions foncières, lorsqu’elles sont installées et fonctionnelles, qui sont censées donner cette autorisation. » Les autorisations de fonçage des puits pastoraux ne sont pas délivrées par le Code Rural. Ces « autorisations » (qui sont en réalité soit des déclarations, soit des autorisations selon la capacité de l’ouvrage prévu) sont délivrées par la préfecture (pour les déclarations) ou le gouvernorat (pour les autorisations) en lien avec les services de l’hydraulique. Depuis l’adoption de l’ordonnance n° 2010-029 du 20 mai 2010 relative au pastoralisme, il est nécessaire pour les puits pastoraux d’obtenir en plus de la déclaration ou de l’autorisation, une autorisation de la Cofo. Plus d’information ici : http://www.reca-niger.org/spip.php?...

    2) Page 7 : « Ce constat amène à élargir la notion de terroir d’attache bien au-delà de sa signification légale, et du lien qu’elle établissait entre un groupe d’éleveurs mobiles et sa tribu ou son groupement de rattachement. Ce type de lien privilégiant l’allégeance à une chefferie apparait à certains égards comme dépassé, ou en tout cas relativement secondaire, par rapport aux nouvelles stratégies d’ancrage foncier des éleveurs. » La définition légale du terroir d’attache se fait en lien avec la définition du droit d’usage prioritaire et, en réalité, a toujours reposé sur un ancrage foncier. Selon l’article 2 du décret n° 97-007/PRN/MAG/E du 10 janvier 1997 fixant le statut des terroirs d’attache des pasteurs : Article 2 : Au sens du présent décret il faut entendre :
    -  par terroirs d’attache, l’unité territoriale déterminée et reconnue par les coutumes et/ou les textes en vigueur à l’intérieur de laquelle vivent habituellement pendant la majeure partie de l’année des pasteurs, unité territoriale à laquelle ils restent attachés lorsqu’ils se déplacent que ce soit à l’occasion de la transhumance, du nomadisme ou des migrations ;
    -  par pasteurs, tout groupe humain et social qui, se caractérise historiquement et socialement par sa mobilité et dont l’élevage constitue l’activité principale.
    Cette définition est globalement reprise dans l’ordonnance n° 2010-029 relative au pastoralisme. Plus d’information ici : http://www.reca-niger.org/spip.php?...